CHAPITRE PREMIER
Si, par égard pour Lamennais et par amour de la paix, les Supérieurs évitèrent de désavouer devant le public l'imprudent religieux, ils ne se crurent pas obligés à la même réserve dans l'intérieur de la famille. Il importait d'ailleurs d'apaiser les esprits troublés par une intervention déconcertante. Avant la fin de novembre, le Provincial de France faisait savoir à tous les siens que c'était contre le gré du Père Général qu'un de ses Assistants avait donné une adhésion retentissante au système mennaisien. Le Père Fortis lui-même, dans une lettre récente ^, déclarait maintenir l'Ordonnance du 4 octobre 1823, laquelle ne pouvait être abolie per unius imprudentiam. Une fois de plus il ajoutait que son intention n'était point de censurer la doctrine, ce qui n'appartenait qu'à l'Eglise; mais cette doctrine, la Compagnie ne l'enseignerait pas. Et au reproche d'enseigner les principes du cartésianisme, reproche que l'Assistant répétait à satiété, il prenait encore la peine de répondre : « Non, nous n'enseignons pas le cartésianisme, mais nous continuons à enseigner ce qu'on enseigne chez nous et hors de chez nous, depuis plus de deux cents ans, sine reprehensione. >■>
C'était assez pour rassurer les Jésuites de France; mais au dehors l'impression fâcheuse produite par les révélations du il/ewortVz^ subsistait. Aux premiers jours de cette année 1828, qui devait être marquée par de si dures épreuves, le Père Godinot, écrivant au Père Général, laissait s'échapper comme un cri de douleur : « L'année ne s'est pas achevée sans nous inonder d'une amertume très amère. Nous sommes devenus un objet de dérision, et avec nous Votre Paternité et toute la Compagnie, par suite des lettres de l'Assistant de Germanie » ■. Et,
falso asserunt damnatas Dilucidationes, a veteri Philosophiae professore Societatis Jesu. (^Mémorial catholique, février 1828.)