‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 202 sur 382 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

beaucoup à l'esprit religieux. Vos vacances ne se passeront pas dans le repos. Onze retraites pastorales de suite!... » (14 Août 1841.)

L'année suivante, il devait aller jusqu'à douze, de juillet à octobre. Le reste du temps c'était une série presque ininterrompue de prédications^ On comprend qu'avec un tel maître-ouvrier les compagnons devaient avoir le cœur à l'ouvrage. Cependant, pour dire le vrai, sous le gouvernement du Père Ghaignon, la mesure ne fut pas gardée; en dépit des observations reçues, des reproches que le Supérieur s'adressait à lui-même, et du ferme propos d'être plus sage souvent renouvelé aux pieds de son crucifix, le zèle finissait toujours par l'emporter dans cette âme de feu sur les conseils de la prudence. Il avait d'ailleurs une excuse dans la multitude des sollicitations dont il était accablé. 11 ne se sentait pas le courage, écrivait-il un jour, « de contrister par un refus les curés qui lui demandaient une Mission pour leurs paroisses, ou même les Supérieures qui réclamaient une retraite pour leurs communautés ». (9 Mai 1842.) Par une sorte d'inconséquence assez ordinaire aux ouvriers apostoliques de cette trempe, il se prenait parfois à soupirer après une vie exclusivement vouée à la prière et à la pénitence. A plusieurs reprises, il songea à se retirer dans la solitude du cloître : « La pensée de la Chartreuse m'est revenue », écrivait-il à cette même date au Père Général. Mais le moment de lassitude ou d'illusion passé, l'homme d'action reparaissait, avec une ardeur qui ne comptait pour rien sa peine et pas assez celle des autres. Pendantcette période des débuts de la résidence d'Angers, c'est seulement quand

I. On a publié en appendice dans la Biographie du P. Ghaignon un Tahleau chronologique de ses ministères (pp. SSg-SSi). Il enilirasseune durée de 58 ans, i825-i883. Le tableau est très incomplet pour les premières et les dernières années. Mais à partir de i 83o jusqu'à i86o, la somme annuelle de prédications est vraiment formidable. La période des retraites pastorales dure trente-trois ans (i 833-1 866). Il y en a 300 en chiffres ronds. Cf. Vie du li. P. Pierre Chaignon, par le P. X.-Aug. Séjourné. Paris, Retaux-Bray, i888.

le Père Ghaignon se trouva à bout de forces que lui-même et ses subordonnés se rendirent enfin à l'invitation évangélique que le Père Roothaan lui avait souvent, mais inutilement rappelée : « Venite seorsum et requiescite pusilliimK »

Au mois de septembre 1843, il fallut lui donner un successeur. Le Père Général lui écrivait à cette occasion : «... Le Seigneur a béni vos travaux et vos saints désirs. La résidence d'Angers que vous avez fondée est jusqu'ici celle de la Province de France où se recueillent les fruits les plus abondants de salut. »

Pendant les deux premières années, la communauté s'était maintenue tant bien que mal à l'hôtel d'Andigné. Mgr Paysant, qui avaitremplacéMgr Montault sur le siège épiscopal, avait accordé aux Jésuites la jouissance d'une maison voisine appartenant à l'évéché.; on l'avait reliée à l'hôtel par une galerie. Malgré tout c'était une installation provisoire; ni l'emplacement, ni le local ne convenaient pour un établissement religieux. En 1841, l'occasion se présenta d'acquérir, près de la Butte du Pélican, un immeuble de beaucoup préférable. Il y avait là d'assez vastes bâtiments où s'était abritée une école et qu'il était facile d'aménager. La résidence y fut transférée avant la fin de l'année; elle ne devait plus en sortir. Cette installation valut aux Jésuites le nom de Pères delà Butle, sous lequel ils furent longtemps connus parmi le populaire d'Angers.

Au moment où le Père Frédéric Studer prenait la place du Père Ghaignon à la tête de la communauté, elle se composait de treize religieux, dont dix prêtres ; ce chiffre devait bientôt monter jusqu'à douze ; mais, malgré l'augmentation du nombre des ouvriers, l'ouvrage qu'on leur demandait dépassait ce qu'ils pouvaient fournir. C'est ce que le nouveau Supérieur constatait avec un mélange de consolation et de tristesse. (29 Juin 1845.) Le Père Studer entreprenait alors, en dépit de l'orage qui

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