Postridie nonas novembris
2. « Certain est non sine amaritudinis amarissimo [elle desinere praesentem annum. Sumus ludibrio, et nobiscuni V^ T'a* totaque Societas per effectum litterarnm P. Assisientis Germaniae. Si est in ipso capitis vitiiim, culpabilitas est niinor. « (28 Janvier 1828.)
comme pour excuser son confrère, le digne homme ajoutait: « Si c'est la tête qui est malade, la faute est moins grande. »
Les Jésuites de France avaient en ce moment d'autres soucis que ceux des querelles philosophiques. Le Mémorial donnait à entendre que leur opposition au système mennaisien était inspiré par le désir de ménager Mgr Frayssinous, « patriarche du gallicanisme » et « chef de l'Université cartésienne ». S'ils eussent fait un aussi piètre calcul, les Ordonnances du 16 juin les auraient bien cruellement détrompés. Il est certain que, pendant que se préparait ce coup de force contre la Compagnie de Jésus, le mennaisianisme jouissait d'un regain de faveur. Par son livre sur les Doctrines de la certitude dans leurs rapports avec les fondements de la Foi (1826), Tabbé Gerbet avait donné au système du sens commun sa forme didactique et définitive, en même temps qu'il en montrait la valeur apologétique. Sans doute ses contradicteurs ne désarmaient pas; mais il faut bien reconnaître que le talent et l'ardeur étaient plutôt du côté de ses partisans. Ceux-ci et ceux-là continuaient à faire à la Compagnie de Jésus l'honneur de se préoccuper de son attitude ; l'interdiction lancée parle Père Général, sans être connue olîîciellement, n'était plus un mystère pour personne; les dénégations et les commentaires du Mémorial ne suffisaient pas à dissiper l'inquiétude qu'elle donnait aux mennaisiens. Leurs adversaires l'exploitaient comme un argument décisif. Le Père Fortis étant mort, le choix que la Compagnie fit du nouveau Général et de ses Assistants fournit aux partis une occasion de manifester leurs sentiments. L'Ami de la Religion publiait la nouvelle comme un bulletin de victoire : « Ce système (de la raison générale) vient de recevoir un double échec, et par l'élection du Père Rozaven, et par l'éloignement d'un autre Assistant, le P. B. qui
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s'était fait le cliampioii des nouvelles doctrines et qui les soutenait avec toute la ferveur d'un adepte... Ce qui vient de se passer prouve assez l'opinion qu'on a sur son compte dans sa Compagnie'. »
De fait l'Assistant de France avait été maintenu en charge à l'unanimité des suffrages, tandis que Brzozowski était évincé et relégué à Naples. Quant au Père Roothaan que les votes de la Congrégation générale appelaient au gouvernement de la Compagnie, son élection fut tout d'abord accueillie comme un espoir de revanche par les champions du système. Lamennais lui-même, qui le connaissait, écrivait au comte de Senfft : « Je suis enchanté... Je crois qu'il fera tout le bien, qu'il est possible de faire... » Mais cette joie fut de courte durée. Avant la fin de l'année le Père Rozaven écrivait à son confident, le Père Gury : « Je connaissais moi-même fort peu le Père Roothaan ; nous n'avions fait que nous entrevoir en Russie-Blanche. Mais cinq mois d'intimité m'ont appris à l'apprécier. C'est un homme d'une piété tendre, mais solide et sans minutie... Une seule chose au commencement me donnait un peu d'inquiétude ainsi qu'à quelques autres. Le nouveau Général paraissait favorable au système de M. de La M... Il n'avait pas lu le système, il en avait seulement entendu parler. Il vivait à Turin où le système a de si chauds partisans. Il y avait vu l'auteur qui lui avait donné les explications les plus spécieuses et avait eu l'adresse de se poser comme injustement attaqué par nos Pères de France. Il était donc naturel qu'il y eût au moins doute et hésitation dans son esprit. Cependant, comme il a le jugement excellent, il ne pouvait pas ne pas approuver en soi le décret du Père Fortis ; et s'il hésita lorsqu'on lui parla de le confirmer, ce fut parce qu'il craignait que ce ne fût une pomme de discorde -. »> (30 Novembre 1829.)