‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 219 sur 382 · CHAPITRE VTII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VTII

discutée derechef entre le Provincial et ses quatre consulteurs. Après quoi tous durent rédiger par écrit leur opinion et la transmettre séparément au Père Général. Leurs conclusions furent, paraît-il, tellement concordantes et appuyées de raisons si décisives, que le Général se tint pour satisfait : « D'après vos explications et celles des Pères consulteurs, écrivait-il au Provincial, il n'y a rien à changer. Il est fâcheux que le nom sonne mal. » (8 Avril 1844.)

C'était bien, semble-t-il, le nom plutôt que la chose qui provoquait les répugnances et les protestations du vigilant gardien de la discipline religieuse. Le Père Roothaan, en effet, proposait pour les conversations nécessaires un vestibule ou couloir donnant accès à l'église, autrement dit un lieu de passage. Mais ce que les mœurs et usages d'un pays tolèrent peut fort bien devenir impraticable dans un autre. D'ailleurs au point de vue où il faut se placer ici, lès parloirs, tels qu'ils furent organisés dans les maisons de la Compagnie, répondaient aux mêmes exigences qu'un lieu de passage, sans en avoir les inconvénients. « Les insistances du Père Général, disait l'un de ceux qui eurent à s'en défendre, ont eu ce bon effet d'obliger le Provincial et tous les Supérieurs à être très sévères sur un point qui importe tant au bon renom de la Sociétés » De fait, qui a vu, en entrant chez les Jésuites, • les parloirs avec leurs cloisons vitrées du haut en bas, avouera qu'ils étaient faits pour désarmer la malveillance la plus pointilleuse.

Le signe le moins équivoque de la prospérité pour un Ordre religieux, c'est l'afïluence des vocations, laquelle témoigne en même temps que la régularité y est en honneur ;

I . Le P. Fouillot, dans sa lettre de consulteur sur le projet de suppression des parloirs. (Archiv. Rom. Gall. i. II. 89.)

dans l'état actuel des choses, ce ne sont pas, en effet, les communautés relâchées qui attireraient les candidats à la vie religieuse. Cette bénédiction fut amplement départie aux deux jeunes Provinces françaises. IXous avons vu déjà que dans celle du Midi le noviciat d'Avignon s'était bientôt trouvé insuffisant. En 1841 on en ouvrait un second à Toulouse. Au bout de deux ans ils avaient fait leur plein l'un et l'autre. Le Père Maillard écrivait sur la fin de 1843 : « Nous avons maintenant soixante-douze novices scolastiques, à Toulouse et à Avignon. Ne pourrions-nous pas penser à un troisième noviciat, qui serait à Dôle, par exemple, et nous servirait beaucoup ? » (il Décembre 1843). En donnant son approbation à ce projet le Père Roothaan ajoutait : « Si nos prédicateurs, nos missionnaires sont vraiment des hommes apostoliques, donnant l'édification par leur dévouement et leur modestie, les vocations se multiplieront. Rappelez-leur souvent que c'est d'eux que dépend en grande partie la réputation et le progrès de la Compagnie en France, où elle n'a pas de collège. » (25 Décembre 1843.)

De fait, au cours de l'année suivante, le troisième noviciat de la Province de Lyon était installé dans une partie de l'ancien pensionnat de Dôle*. (Septembre 1844.) 11 y eut tout d'abord seize novices, et dès la troisième année ils dépassaient la trentaine. Même croissance, quoique un peu moins rapide, dans la Province du Nord. A la suite du grand tapage fait autour de Saint-Acheul en 1838, le scolasticat avait émigré vers Brugelette, et le ministre avait pu affirmer à la tribune des deux Chambres que l'école de Hautes Études de Saint-Acheul était dissoute.

I . Le premier maître des novices à Dôle fut le Père Joseph Contamin, admis lui-même au noviciat d'Avignon quatre ans seulement auparavant. Il écrit au P. Général, le 8 octobre i844 '• « Le jeune noviciat de Dôle a été inauguré sous les auspices du saint Nom de Marie, le 8 septembre. Le Père de Jocas nous a envoyé d'Avignon cinq sujets français façonnés de sa main pendant une année. Sept nouveaux sont déjà venus se joindre à eux. »

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