‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 227 sur 382 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

produit quelques écarts individuels et isolés, il serait injuste d'en rendre la Société responsable. Lors de la petite tempête soulevée en 1838 contre Saint-Acheul et la maison de la rue du Regard, une note fut rédigée pour être présentée au nom du Provincial de Paris, le Père Guidée, aux plus hauts personnages de l'Etat et au Roi lui-même. Voici comment elle s'exprimait sur le sujet qui nous occupe.

« Ces prêtres (les Jésuites) ont annoncé la parole divine dans les chaires de la capitale et des principales villes de France ; ils ont enseigné les vérités de la religion à toutes les classes de la société; leur est-il jamais échappé une seule parole adressée aux passions politiques? Étrangers par inclination autant que par devoir à tous les partis hostiles à la tranquillité publique, ils ont pour principe de se conformer aux institutions qui régissent les pays où ils vivent, et de se soumettre avec sincérité et respect au roi qui nous gouverne, parce que, à leurs yeux comme aux yeux de la religion, il est représentant de la majesté divine. Plus d'une fois depuis 1830, la modération de leur langage et la justice qu'ils rendaient hautement aux intentions bienveillantes et aux actes émanés du pouvoir en faveur de la religion ont étonné des esprits exaltés ou prévenus et les ont ramenés à des sentiments de paix et d'union. L'abbé de Ravignan prêche depuis deux ans à la métropole et traite des questions souvent bien délicates; jamais les feuilles les plus malveillantes n'ont pu lui adresser un seul reproche sur des tendances politiques. Ses confrères n'ont ni une autre pensée ni un autre langage que le sien. Travailler avec zèle et avec constance au bien de la religion et, par elle, au maintien de l'ordre social, c'est toute leur politique ; pouvoir le faire toujours à l'abri des lois protectrices d'une vraie et sage liberté, c'est leur désir et leur espérance. Ils ne réclament que l'application du droit commun et ils sont fondés à l'invoquer avec confiance... »

Certes les Jésuites ne pouvaient se flatter d'avoir désarmé ni les haines, ni les préventions ; mais enfin, pour

le moment, elles faisaient trêve, en attendant le signal d'un nouvel assaut, qui ne pouvait pas tarder beaucoup. Entre autres symptômes de cet apaisement on peut noter que, en 1842 pour la première fois, on osa annoncer les conférences du « Père de Ravignan ». Jusqu'alors on avait dit « l'abbé de Ravignan ». Au cours de cette même année, le célèbre Jésuite était appelé à prêcher, non pas certes aux Tuileries, mais presque devant la cour ; la reine Amélie, avec sa suite, assistait à ses sermons. Une allusion que fit le prédicateur à la mort tragique du duc d'Orléans' alla droit au cœur de la pieuse princesse et amena un commerce spirituel entre la famille royale et la Compagnie de Jésus. Voici en effet ce que le Père de Ravignan écrivait au Père Général, le 30 Mars 1843 :

« La reine a su que Votre Paternité disposait chaque semaine des intentions d'une messe dite par tous les prêtres de la Compagnie. La reine, toujours vivement occupée du salut de son fils aîné enlevé subitement, a conçu un vif désir de vous demander « le plus grand service », dit-elle ; celui d'appliquer pour l'âme de son fils les intentions des messes de nos Pères qui vous sont réservées, et cela une fois... La reine me paraît nous porter un véritable intérêt ; elle m'a fait écrire des choses obligeantes et de confiance plusieurs fois...; elle s'occupe en ce moment de nous faire avoir six passages gratuits sur les paquebots d'Alexandrie, pour les Pères qui vont aller au Maduré. J'oserais espérer que Votre Paternité accueillera le désir d'une pauvre mère chrétiennement désolée. » (30 Mars 1843.),

La réponse du Père Roothaan fut ce qu'on pouvait attendre:» Je compte, écrivait-il le samedi veille des Rameaux, sur douze cents messes par semaine. Pour satisfaire au pieux désir, j'ai commencé par en appliquer à cette intention trois cents cette semaine qui est la semaine sainte.

I. On sail que le duc d'Orléans, héritier présomptif de la couronne, périt dans un accident de voiture, près de la Porte Maillot, le i3 juillet 1842.

Page 1