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Notice sur le rélablissemenl des Frères Prêcheurs

CHAPITHE VIII 437

et à l'exemple de Dom Guéranger, il prend son parti et va à Rome commencer la grande affaire. (31 Juillet 1838.)

D'ailleurs personne parmi les historiens n'insinue (jue, lors de la retraite à Saint-Eusèbe, Lacordaire fût, si peu que ce soit, tiré du côté de saint Ignace; on discute seulement pour savoir dans quelle mesure il s'y sentit poussé vers saint Dominique'. En toute hypothèse les Jésuites sont hors de cause. S'il fallait une autre garantie de leur discrétion et de leur désintéressement dans l'affaire de la vocation de l'illustre orateur, aussi bien que de leur sympathie pour son œuvre, on la trouverait dans leur conduite à l'égard de plusieurs de ses premiers disciples et en particulier du plus grand d'entre eux. Nous sommes heureux de pouvoir céder ici la parole au Révérend Père Jandel, Général de l'Ordre des Frères Prêcheurs. Le témoignage qu'il veut bien rendre à la Compagnie de Jésus lui est trop précieux pour qu'elle ne l'inscrive pas in extenso dans son Histoire :

« Déterminé à embrasser la vie religieuse, j'étais depuis longtemps accepté parle Provincial des Jésuites de France, et, dès 1836, je me serais soustrait, en entrant au noviciat, à la charge de Supérieur du petit séminaire, que m'imposait Mgr Donnet, alors coadjuteur de Mgr l'évêque de Nancy, si le R. Père Morin, Supérieur de la maison des Jésuites de Metz et mon directeur, n'eût jugé ma santé trop faible encore pour supporter la discipline et la fatigue du noviciat. J'avais donc été forcé d'ajourner mon projet; mais, comme ma santé s'était améliorée, il était décidé qu'aux vacances de 1839 je quitterais le séminaire pour entrer enfin au noviciat. Or, ce fut précisément au printemps de 1839 que l'abbé Lacordaire publia son Mémoire pour le rétablissement des Frères Prêcheurs. » Le Père Jandel raconte quelle vive impression la lecture de cet appel éloquent fit sur son esprit, les perplexités où il

I. C'est l'objet d'une controverse assez vive entre l'école bénédictine et l'école dominicaine. Voir aux Pièces jiistifîcatiyes'N° XII.

tomba et le dessein qu'il conçut d'aller à Rome pour y chercher la lumière. Puis il poursuit : « Je m'en ouvris au Père Morin qui me répondit qu'à ma place il prendrait ce parti; que non seulement il me recommandait de ne rien précipiter, de bien prendre mon temps pour tout examiner et de ne faire ma retraite d'élection à Rome, ni chez les Jésuites, ni chez les Dominicains, afin d'être sûr de ne subir aucune influence. Dès lors ma résolution fut arrêtée, et aux vacances de 1839 j'arrivais à Rome, après m'être arrêté un jour à Viterbe pour y conférer avec le Père Lacordaire alors novice au couvent de la Quercia, et y apprendre de lui avec quelques détails ses espérances et ses projets.

« Dans le désir d'attirer les grâces de Dieu sur l'importante démarche que j'allais faire, et de mieux sanctifier mon séjour dans la Ville éternelle, je résolus, tout à mon arrivée, d'y faire une retraite. Et comme je ne songeais à prendre aucune détermination avant plusieurs mois, je ne crus pas aller contre les conseils du Père Morin en demandant au Père, de Villefort, à qui j'avais été recommandé par lui et dont l'excellent accueil et l'expression de sainteté m'avaient tout d'abord séduit, la permission défaire une retraite à Saint-Eusèbe sous sa direction. Malgré la distance qui sépare cette maison de celle du Gesù, il voulut bien y consentir, et j'entrai en retraite au commencement de novembre dans un grand état de calme et de paix intérieure. Au bout de quelques jours le Père de Yillefort, voyant cette disposition de mon âme, me proposa de procéder à l'élection. Je lui répondis que je n'en avais pas l'intention, et que je comptais faire à Pâques, dans ce but spécial, une seconde retraite. Il insista en m'engageantà essayer, ajoutant que ce serait toujours une préparation, et que si la lumière ne se faisait pas suffisamment, rien ne m'empêcherait alors de recourir à une seconde retraite. Je me conformai à son avis, et après avoir pesé devant Dieu et mis par écrit, selon la méthode de saint Ignace, les diverses raisons qui me portaient soit chez les

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