‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 237 sur 382 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Le livre parut avec le titre : Histoire véritable des doctrines et des actes de la Compagnie de Jésus. Il renferme une longue Introduction., puis quelques chapitres sur les précurseurs et les origines de la Réforme protestante. C'était reprendre d'un peu haut l'Histoire des Jésuites. Ce premier volume fut aussi le seul. Un an avant sa mort, Leclère écrivant à un ami se plaignait doucement de n'avoir pu mener à bien aucun des travaux qu'il avait commencés. On lui prenait les idées dont il avait eu l'initiative. Ainsi, disait-il, « ma Préface sur les Jésuites circule tout de suite parmi les bureaux du journalisme, et un journaliste écrit VHistoire de la Compagnie de Jésus K »

Le journaliste ainsi désigné n'est autre que Crétineau- Joly. Est-ce vraiment l'essai de Leclère qui lui inspira d'écrire l'Histoire de la Compagnie de Jésus, lui seul aurait pu nous l'apprendre, et nulle part il n'a laissé de confidence à cet égard. Au surplus il importe peu. Jacques Crétineau-Joly, originaire de la Vendée, était en effet un professionnel du journalisme. 11 fonda le Vendéen et collabora à d'autres journaux royalistes. Poète à ses heures, historien, polémiste, il a laissé une quarantaine de volumes sur des sujets divers, intéressant pour la plupart la religion et la monarchie ; ils se distinguent d'ordinaire par une information consciencieuse, une verve abondante, un style alerte où ne manque ni la vigueur, ni l'éclat, mais ils se ressentent trop de la hâte avec laquelle ils ont été composés.

partager avec lui sa fortune : « Que j'aie un jour l'extrême bonheur, lui écrivait-il (8 décembre 1889), de vous dire : Frère, ne vous souciez donc plus des intérêts matériels de cette vie ; quittez donc ce joug (son emploi au ministère) qui vous est douloureux, et consacrez votre existence tout entière à ériger à la gloire de l'Église, avec la truelle d'or de votre beau talent, un monument xre perennius. Je vous dis cela, mon très cher, comme vous me le diriez sans doute, si vous étiez à ma place et si moi j'étais à la vôtre. »

I. Notice iTpar G. de Cadoudal, dans l'ouvrage cité à la note précédente. La Compagnie de Jésus. 29

C'est en 1843 qu'il entreprit l'ouvrage dont nous avons à parler. La question des Jésuites était à l'ordre du jour, comme on le verra bientôt ; l'Ordre de Loyola était en butte à de furieuses attaques. Braver l'impopularité en prenant sa défense allait bien au tempérament comjjatif de Crétineau-Joly. 11 venait de publier l'année précédente la Vendée Militaire^ ouvrage qui eut un beau succès et mit l'auteur en vue. Les Jésuites ne pouvaient que faire bon accueil au champion que la Providence leur envoyait. C'était la réalisation d'un désir qui leur tenait à cœur depuis longtemps : présenter le passé de la Société dans un tableau véridique, à l'encontre des mensonges et des calomnies accumulées depuis trois cents ans par la mauvaise foi et la haine, mais s'en remettre pour l'exécution à un homme du dehors que l'on ne pût soupçonner de plaider pro domo sua.

La correspondance du Général avec le Provincial de Lyon montre que la Compagnie fit son possible pour faciliter à son historien la lourde tâche qu'il acceptait d'accord avec elle : « J'oubliais de vous parler, écrit le Père Roothaan, de l'offre que M. Crétineau-Joly a faite d'écrire l'Histoire de la Compagnie ; je n'y ai pas vu d'inconvénient. Il se propose de passer cinq ou six mois à Rome pour y réunir des documents et y tracer le plan de son ouvrage. Il désire auparavant connaître les documents que nous avons en France. Il s'arrêtera quelques jours à Lyon au commencement de novembre. Je vous prie de charger le Père Pouget, ou quelque autre Père que vous en jugeriez capable, de lui donner tous les renseignements qu'ils jugeront propres à rendre son travail consciencieux et le moins incomplet que possible. » (6 Octobre 1843.) Et quelques mois plus tard : « La Province de Paris désire que celle de Lyon lui vienne en aide pour préparer les matériaux. Elle vous proposerait de vous charger de recueillir ceux sur l'Espagne et le Portugal et les Missions spéciales de ces pays. » (8 Avril 1844.) Enfin quelques semaines encore plus tard : « Je vois avec plaisir que la Province de Lyon

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