CHAPITRE VIII
concourt à celte œuvre que Dieu, je l'espère, bénira... M. Grétineau-Joly presse beaucoup pour avoir des collaborateurs. Il demande qu'un Père de la Province de Lyon aille à Paris pour l'aider, le Père de Montézon ne suffisant pas. » (11 et 17 Mai 1844.)
On remarquera les dates. Sur la fin de 1843 on n'en était encore qu'aux préliminaires. Grétineau à Piome consultait les Archives du Gesù. On voit que, dans le courant de 1844, des Jésuites à Lyon et à Paris faisaient des recherches et lui fournissaient des documents. Lui, il écrivait, imprimait, revoyait les épreuves. Le premier volume figure au Journal de la Librairie du 23 mars 1844; le cinquième au 12 juillet 1845. Ginq volumes composés, imprimés, mis en vente en moins de dix-huit mois. G'est un véritable tour de force '.
Le dernier volume se fermait sur le rétablissement de la Compagnie au commencement du siècle. On pouvait s'en tenir là ; les trente années écoulées depuis la Bulle de Pie VII n'appartenaient pas encore à l'Histoire. Mais la crise qu'elle subissait en France à ce moment était un sujet bien tentant pour le journaliste historien. Il est permis de croire que le désir de la raconter fut pour beaucoup dans la détermination qu'il prit alors d'ajouter un sixième volume. V Introduction dont il le fit précéder est datée du 4 septembre 1845. G'est dire que le récit des événements de cette année a été fait, pour ainsi dire, au jour le jour. Le volume tout entier semble bien avoir été improvisé. 11 parut en effet au mois de mars 1846. Or, sur la fin de 1845 il n'était pas encore sur le métier, témoin ce passage'd'une lettre du Père Roothaan au Père Maillard, Provincial de Lyon : « M. Grétineau est décidé à faire la continuation de son ouvrage. On ne peut l'en empêcher. Mais il a besoin que l'on réunisse des matériaux. Il désirerait qu'ils fus-
I. Histoire religieuse, politique et littéraire de la Compagnie de Jésus, composée sur les documents inédits et authentiques, par J. Crétineau-Joîy. 6 volumes in-8" et 6 volumes in-12. i844-i846.
sent prêts au commencement d'octobre. Concertez-vous pour cela avec le Père Rubillon. » (21 Août 1845.)
Le Père Roothaan laisse assez clairement entendre ici qu'il eût préféré que cette Histoire contemporaine ne fût point écrite. Les Jésuites français y étaient opposés plus encore. Le Provincial de Paris exprimait leurs appréhensions en termes assez vifs : « Quant à Grétineau, il est intraitable. S'il savait qu'une brochure se prépare à Rome, il se hâterait de publier son volume afin de s'assurer la priorité. Le Père Général, dit-il, lui a permis, dans une lettre dernièrement reçue, d'aller de Tavant; il ne lui manifeste aucune des craintes des Pères de Paris. D'ailleurs, quand le Père Général et le Pape se mettraient à genoux pour le conjurer de supprimer ce chapitre, il n'en irait pas moins en avant. Nous ferons ce que nous pourrons pour le déterminer au sacrifice, mais nous ne répondons de rien. » (14 Décembre 1845.)
Il y avait en effet bien des raisons de remettre à plus tard le récit d'événements trop rapprochés pour que le polémiste ne prît pas la place de l'historien. De là des inconvénients de plus d'une sorte. Outre que, en pareil cas, le recul manque pour voiries faits dans leur ensemble et apprécier avec sérénité leur valeur relative, il est bien difficile de ne pas froisser les susceptibilités de personnes qui y ont été mêlées de quelque manière. C'est en effet ce qui arriva. Grétineau avait assez malmené certains ecclésiastiques qui eurent un rôle dans les négociations poursuivies à Rome par le Gouvernement français au sujet des Jésuites. Gomme d'ailleurs on savait qu'il se documentait auprès d'eux, ils furent rendus responsables. Des plaintes arrivèrent au Général ; on lui demanda de désavouer l'écrivain. Les faits étaient trop connus pour qu'il fût possible de les passer sous silence. Le Père Roothaan ne put qu'exprimer son regret de ce que, contre son intention, des noms eussent été prononcés ' .
1. 5 décembre iS^O : L'abbé de Fa Houx écrit au P. de Villefort