Cf. L'Ami de la Religion, tome CLIX, P
Tout le monde, même parmi les dignitaires ecclésiastiques, ne partageait pas les appréhensions et les répugnances du Général de la Compagnie au sujet des révélations de Grétineau-Joly. « D'autres personnages éminents, dit-il, m'excitaient à divulguer le mystère d'iniquité. » Peu après l'apparition du livre le P. Rubillon écrivait au P. Rootliaan : « Elle (Votre paternité) a déjà parcouru l'ouvrage de Crélineau, et je crois qu'elle ne l'aura pas jugé trop nuisible. Le Nonce en est content. Il n'est même pas frappé autant que nous des allusions au poutilicat
actuel. Malgré ce jugement si indulgent, il me parait que ces allusions... sont déplacées et de nature à produire un fâcheux effet... » (ii Juin ■ 847.)
A cette même époque un sentiment de délicatesse analogue poussait les Supérieurs de la Compagnie à interA';enir auprès du terrible publiciste dans une affaire qui intéressait le roi et la Monarchie de Juillet. Le II janvier i846, le P. Rubillon écrivait au P. Roothaan : « J'ai envoyé à M. Crétineau la lettre de V. P . J'ai obtenu de lui qu'il ne mettrait point dans son Histoire une lettre de Louis-Philippe au roi Louis XVIII pendant les Gent-jours, dans laquelle il traite Buonaparte de tyran, d'usurpateur... Il regrette que le roi lui ait refusé d'aller combattre dans les rangs des alliés pour expier ses fautes passées ; il est temps d'écraser les derniers restes des révolutionnaires et de la Révolution... Tous les jours il le demande à Dieu dans ses prières... » Le P . Rubillon commet ici quelques méprises. La lettre est du 19 juillet 1808. Le prince est à Palerme, en route pour l'Espagne. Il en prévient Louis XVIII et lui demande, après coup, la permission d'aller combattre contre les Français. Le triomphe de l'Espagne amènera la chute de Bonaparte ; il espère débaucher Murât ou Junot. Mais ces variantes importent peu. Le P. Rubillon avait le droit d'ajouter : « Bref, je ne crois pas qu'on puisse publier rien de jilus sanglant contre le chef de l'État, et l'on devrait savoir gréa la Compagnie de lui épargner un si rude soufflet. »
De fait elle avait bien quelque mérite à se venger de la sorte des tracasseries que le régime venait de lui infliger et qui n'avaient pas encore pris fin. Crétineau consentit pour le moment au sacrifice que les Jésuites lui demandaient. L'//ifi^o//-e de Louis-Philippe d'Orléans et de l'Orléanisme ne parut qu'en 1862. La lettre en question s'y trouve au T. I, p. 260.