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CHAPITRE IX

L'enseignement secondaire restait sous le régime du monopole, aggravé par les Ordonnances de 1828. C'était la citadelle où se retranchait l'Université d'État et qui n'ouvrit ses portes qu'après un siège de dix-huit ans et la chute de la Monarchie de Juillet. Les libéraux, qui avaient combattu le monopole sous la Restauration, le défendaient maintenant qu'ils étaient au pouvoir. Cependant Guizot tentait loyalement de réaliser la promesse de la Charte. Dès 1836, il eût voulu donner au problème posé devant le Gouvernement l'unique solution qui lui paraissait, disaitil, bonne et honnête : « Renoncer complètement au principe de la souveraineté de l'Etat en matière d'instruction publique, et adopter franchement, avec toutes ses conséquences, celui de la libre concurrence entre l'Etat et ses rivaux, laïques ou ecclésiastiques, particuliers ou corporations. ^ » Neuf ans plus tard Montalembert saluait encore de ses regrets ce projet malheureusement avorté : « Vous avez présenté en 1836, disait il, une loi pleine de générosité, contre laquelle pas une voix ne s'est élevée au sein du clergé. Il fallait continuer dans cette voie, et tout aurait été sauvé. »

Quand la loi vint en discussion à la Chambre des Députés, on n'eut pas à attendre beaucoup pour voir se trahir le sentiment qui la ferait échouer. Il faut se souvenir que ceux-là seuls en ce temps-là étaient électeurs qui payaient 200 francs d'impôt direct; par suite le corps électoral, ou ce qu'on appelait le pays légal, ne comprenait qu'un petit nombre de citoyens appartenant en grande majorité à la riche bourgeoisie, généralement voltairienne et dont le Constitutionnel était l'oracle préféré. On conçoit aisément quel devait être l'état d'esprit des représentants de cette portion privilégiée de la nation française. Chez nombre d'entre eux la peur du Jésuite avait le caractère d'une véritable obsession, qu'ils n'étaient plus maîtres de dissimuler. Le rapporteur, Saint-Marc Girardin s'efforçait de les

I. Guizot, Mémoires etc. T. III, p. 102. La Compagnie de Jésus. 30

rassurer : « Gomment, Messieurs, vous avez peur de celte Société ! Mais que sont-ils donc et que sommes-nous ? Quel est cet aveu de peur et de défiance?... Quant à moi, je ne ferai jamais un aveu qui nous abaisserait à ce point devant l'opinion de l'Europe. » Lamartine, avec sa candeur de poète, s'indignait contre des appréhensions qu'il ne comprenait pas : « Les uns, s'écriait-il, se préoccupent de ce fantôme de Jésuitisme que Ton fait sans cesse apparaître ici et qu'il faudrait déclarer plus puissant que jamais, s'il avait la force de nous faire reculer devant la liberté. »

Le « fantôme » eut en effet ce pouvoir. La liberté donnée à l'enseignement «allait, disait M. de Salverte, ouvrir la porte aux Jésuites. Je ne vois rien dans le projet de loi qui puisse nous rassurer à cet égard. » Les directeurs et professeurs n'étaient plus tenus d'afïirmer par écrit qu'ils n'appartenaient à aucune Congrégation non autorisée. A la suite de Guizot, Saint-Marc Girardin avait énergiquement repoussé l'odieuse déclaration imposée par les Ordonnances : « Pour interdire aux membres des Congrégations relio-ieuses, disait-il dans son Rapport, la profession de maître et d'instituteur secondaire, songez, Messieurs, que de précautions il faudrait prendre, que de formalités inventer, quel Gode tracassier et inquisitorial il faudrait faire, et ce Code avec tout l'appareil de ses recherches et de ses poursuites, songez surtout qu'il sufïirait d'un mensonge pour l'éluder. » Mais on savait bien que ce mensonge, les Jésuites ne le diraient jamais; il sulïisait, pour les écarter, de maintenir la déclaration. Ce fut l'objet d'un amendement présenté par un certain député du nom de ^'atout, ami personnel de Louis-Philippe et plus tard académicien. « Il est une Société, s'écria-t-il, dont on a prononcé le nom à cette tribune qui, pour avoir été proscrite en 1762, n'en est pas moins présente etvivace; aujourd'hui elle ne fait auGouvernement qu'une guerre souterraine et ténébreuse. Eh bien! lorsque vous aurez A'oté la loi, elle marchera enseignes déployées et enrôlera toute la jeunesse dans des doctrines et des principes contraires à toutes nos

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