‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 247 sur 382 · I. Guizot, Mémoires. Tome III, p. log · texte numérisé non relu

I. Guizot, Mémoires. Tome III, p. log

des collèges soi-disant libres, on les mettait à la discrétion de l'Université. Sous prétexte d'abolir le monopole, on l'aggravait et, de provisoire, on le rendait définitif. Pour éviter le gros mot d'hypocrisie, M. Thureau-Dangin se contente de dire que le vice caractéristique du projet, c'était « le manque de sincérité ». Et le grave historien explique ainsi ce qui lui paraît plutôt une méprise de la part d'un homme pour qui il ne dissimule ni son respect, ni sa sympathie : « Moins homme d'État que professeur, d'un esprit plus vif que large, M. Villemain partageait les préventions de l'Université contre l'enseignement libre, et c'était sous l'influence d'un esprit de corps fort étroit qu'il avait rédigé son projet; non qu'il songeât à ouvrir les hostilités contre le clergé ; mais connaissant imparfaitement les choses et les hommes du monde ecclésiastique, il ne s'était pas rendu compte à l'avance de l'effet qu'il allait produire '. »

En même temps que, sous l'étiquette de la liberté, le projet livrait les autres établissements à la merci de l'Université, il supprimait ce qui restait aux petits séminaires d'exemptions et d'indépendance. Aussi fut-il accueilli par la protestation presque unanime de l'épiscopat ; en quelques mois cinquante-six évéques adressèrent au Gouvernement des représentations énergiques ; plusieurs donnaient clairement à entendre qu'ils étaient résolus à repousser par tous les moyens en leur pouvoir ce qu'ils considéraient comme une atteinte à leurs droits. Guizot était alors chef du ministère ; il n'avait aucune envie de déchaîner la guerre religieuse ; il fit retirer le malencontreux projet.

Préoccupés surtout de sauvegarder leurs séminaires, les évéques ne semblaient pas encore, à cette date de 1841, s'intéresser à la conquête de la liberté d'enseignement. Tels d'entre eux allaient même jusqu'à déclarer que cette question n'était pas de leur ressort. Royaliste d'ancien

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