CHAPITRE IX
régime, l'épiscopat français n'était pas préparé par sa tradition à revendiquer pour l'Eglise sa part des libertés pul)liques ; il avait réprouvé les doctrines et le programme de VAvenir et provoqué la condamnation portée contre le libéralisme politique par l'Encyclique Mirari vos. La liberté d'enseignement, inscrite à côté de la liberté des cultes et de la liberté de la presse, lui paraissait empreinte du même caractère d'équivoque dangereuse; il ne faut pas s'étonner qu'il l'enveloppât tout d'abord dans la même défiance. 11 ne devait pas tarder d'ailleurs à modifier à cet égard ses sentiments et son attitude.
Mais en attendant, un devoir s'imposait aux évêques. Puisque les catholiques étaient obligés de subir l'enseignement d'Etat, les premiers pasteurs avaient l'obligation de veiller à ce que cet enseignement ne fût pas un péril pour la foi. Celte obligation, et partant ce droit s'appuyait sur le statut fondamental de l'Université elle-même. Le décret impérial de 1808 portait en effet que son enseignement prenait pour base la religion catholique. Or, ce n'était un mystère pour personne que la jeunesse élevée dans les collèges royaux y perdait à peu près fatalement la foi et les mœurs. Inutile d'accumuler ici des témoignages aussi navrants qu'irrécusables. Citons seulement l'aveu échappé à la plume de Sainte-Beuve à la date de 1843 : « En masse les professeurs de l'Université, sans être hostiles à la religion, ne sont pas religieux. Les élèves le sentent et de toute cette atmosphère ils sortent, non pas nourris d'irréligion, mais indifférents... Quoiqu'on puisse dire pour ou contre, en louant ou en blâmant, on ne sort guère chrétien des écoles de l'Université'.»
On ne saurait formuler en termes plus modérés un verdict plus accablant. Le mal, il est vrai, datait de loin ; peut-être même ne rencontrait-on pas dans les collèges royaux sous la Monarchie de Juillet les mêmes accès d'impiété que sous la Restauration; l'irréligion y était