CHAPITRE IX
panégyristes saluent-ils en Victor Cousin le précurseur de la laïcisation de l'enseignement public accomplie de nos jours.
L'épiscopat de 1840 ne pouvait pas ne pas jeter le cri d'alarme. Il le fit avec plus ou moins de ménagement. Quelques prélats menacèrent de retirer les aumôniers : « Les maintenir, disait le cardinal de Donald, dans une Lettre ouverte au Recteur de l'Académie de Lyon, serait de notre part une complicité morale. » Le vénérable évêque de Ghâlons, Mgr de Prilly, ancien ollicier de dragons, envoyait au cardinal de Donald une adhésion conçue en termes quelque peu vifs; si bien que la lettre fut déférée au Conseil d'Etat, lequel déclara l'abus. L'évêque de Delley, Mgr Dévie, allait plus loin encore, et il adjurait les fidèles d'écarter leurs enfants « de ces écoles de pestilence ». L'archevêque de Dordeaux, Mgr Donnet, ne parlait de rien moins que d'excommunier le collège royal. Le vieil évêque de Chartres, Clausel de Montais, publiait lettres sur lettres — seize entre 1841 et 1843 — pour dénoncer les erreurs doctrinales du pontife de l'éclectisme et de ses disciples, Jouffroy et Damiron, dont les audaces dépassaient celles du maître. Mgr AfFre lui-même abordait la réfutation de l'enseignement philosophique universitaire, avec la modération qui était dans ses habitudes et que beaucoup trouvaient excessive.
A la suite des évêques nombre de prêtres et de laïques dressèrent des réquisitoires auxquels on ne pouvait faire le même reproche. Entre tous celui de l'abbé Combalot a une histoire et mérite une mention spéciale. Il était intitulé Mémoire aux évêques de France et aux pères de famille sur la guerre faite à V Eglise et à la Société par le Monopole universitaire. Au frontispice on lisait en exergue : Herodes occidit omnes pueros . Voici quelques phrases du début : « La persécution du czar Nicolas contre les catholiques est infiniment moins funeste que la persécution du monopole... Le sanglier universitaire ravage le champ que Jésus-Christ arrosa de son sang... Je raconterai
ce que j'ai vu dans vingt-quatre ans de courses apostoliques... » L'abbé Gombalot était avant tout un prédicateur à la parole ardente et coutumière des effets oratoires. Les figures de rhétorique les plus hardies étaient celles qu'il préférait; l'hyperbole entrait comme d'elle-même dans la trame du discours. Son Mémoire, abondamment fourni de textes de l'Ecriture, rappelait les invectives des anciens prophètes d'Israël contre les ennemis de Dieu et de son peuple. Il fut saisi par ordre de justice et le terrible abbé, traduit en Cour d'assises comme coupable de diffamation envers uncorps de fonctionnaires de l'Etat, se vit condamné à quinze jours de prison et 4.000 francs d'amende. Louis Veuillol, ayant publié le procès avec une Introduction et deux lettres de félicitations adressées par des évêques à l'auteur du Mémoire^ fut poursuivi à son tour et condamné lui aussi avec le gérant de V Univers à la prison et à l'amende.
Emporté par son tempérament l'abbé Combalot s'était plus occupé de frapper fort que de frapper juste. 11 y avait dans le Mémoire à Vépiscopat et aux pères de famille plus d'éloquence que d'imputations précises. Il en allait autrement d'un livre paru à Lyon un peu auparavant sous ce titre : « Le monopole universitaire destructeur de la Religion et des Lois, ou La Charte et la Liberté d'enseignement,^ »
Nous ne pouvons nous dispenser de parler un peu longuement de cette œuvre qui représente l'unique contribution des Jésuites dans la campagne menée à cette époque par lés catholiques pour la conquête de la liberté d'enseignement, œuvre qui provoqua de furieuses colères dans le camp des ennemis de l'Eglise, "mais aussi des dissentiments parmi ses défenseurs, et à propos de laquelle la
I. In-i2 de xvi-(3^3 pages. Lyon, librairie chrétienne, place du Portdu-Roi, i5j. Paris, Bureau de V Univers, rue du Vieux-Coloml)ier,