CHAPITRE IX
ce livre un illustre prélat pour lequel je n'ai que respect et affection... » Suit un examen des griefs de fond et de forme sur lesquels s'appuyait le verdict de condamnation, et l'apologie se termine par une déclaration qui ne manque pas de fierté : « Les défenseurs ardents du monopole ont i'ait grand bruit de ce jugement du pieux et savant archevêque, et ils s'en sont hautement prévalus comme d'une décision souveraine et sans appel. Mais rien de plus vain que ce triomphe. Us ignorent les lois de notre institution divine. Une prééminence honorifique n'y entraîne point une supériorité quant à l'enseignement. L'Eglise de France ne connaît point de dictateur ni de patriarche, et l'autorité doctrinale de tous les premiers pasteurs y est exactement la môme. » (28 Septembre 1843.) Si l'on en croit une récente biographie de Mgr Affre, le prélat fut profondément affecté de cet éclat de son suffragant. On l'eût été pour moins que cela. Cependant, ajoute l'auteur, « l'amilié des deux grands évêques » n'en fut pas troublée. Quelque temps après Mgr de Chartres, ayant fait une visite à l'archevêque à Saint-Germain, « se montra plein d'une att'ectueuse effusion pour lui. Il lui annonça qu'il écrivait à Grégoire XVI, et il ajouta : Je dis au Pape que je vous estime et vous aime beaucoup ^ » Quant aux Jésuites, nous aurons à dire quels désagréments leur survenaient à cette heure même de la paît de l'administration archiépiscopale. L'incident du Monopole universitaire n'y fut vraisemblablement pas étranger.
D'ailleurs, même parmi eux, la publication de ce livre fut appréciée de manières fort diverses ; ce désaccord s'accuse dans les correspondances. « Le Monopole, écrit le Provincial de Lyon, est bien propre à ouvrir les yeux ; c'est un service rendu à la religion... » Le Père Maillard regrette seulement que « quelques passages, ou tout au
I. D. Affre, archevêque de Paris, par Tabbé Alazard, Paris, Amat. igoS, p. 5i2.
moins certaines expressions aient une couleur politique, d'autant plus que V Université telle quelle est un héritage de la Restauration ». (8 Mai 1843.) D'autres se montraient plus sévères, et à en croire certains bruits, c'était grâce à l'appui personnel du Provincial que le manuscrit du Père Deschamps n'avait point été arrêté par la censure. 11 semble toutefois que, à Lyon et dans le Midi, les confrères du Père Deschamps applaudirent pour la plupart à la charge menée par le rude batailleur. Mais à Paris il en alla tout autrement. Une lettre du Provincial traduit ses inquiétudes et celles de son entourage: « ... La recrudescence des colères contre nous est terrible en ce moment. C'est l'inopportun Monopole universitaire, publié à Lyon par un chanoine, qui en est principalement la cause. L'ouvrage est trop violent pour la forme, et on n'a pas apporté la discrétion nécessaire pour que l'ouvrage ne fût pas attribué à un autre qu'au chanoine qui l'a signé. Le nom de celui à qui on l'attribue court maintenant partout, et un ministre, qui l'avait sur sa table peu de jours après son apparition, disait : Ce sont ces scélérats de Jésuites qui ont fait cela... » (13 Mai 1843.)
Le Père de Ravignan ne dissimulait pas sa désapprobation. Sur des plaintes portées contre lui à ce propos, il dut s'en expliquer dans une lettre au Père Général, lettre reproduite in extenso dans sa Vie, et qui par conséquent appartient à l'Histoire :
« ...Quand le livre du Monopole parut, je ne sais si j'ai appelé la situation créée parce livre malheur immense; mais j'y ai vu avec les esprits les plus graves, les plus dévoués à l'Église et à la Compagnie, un obstacle à* des résultats que le mouvement religieux prononcé semblait amener plus paisiblement. J'ai blâmé en ce sens les formes injurieuses du livre. J'ai pu exprimer des craintes sur les conséquences. Quant à l'existence de la Compagnie en France, je savais toute l'irritation du pouvoir contre nous à ce sujet. J'ai pu dire et penser que cette publication ainsi faite était dangereuse, inopportune peut-être;