‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 259 sur 382 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

nombre suffisant. Enfin le pays ne demandait pas la liberté d'enseignement; le bruit mené autour de cette question était le fait de quelques esprits agités, sans mandat et sans importance. Les réformes à accomplir avaient besoin d'être étudiées dans le calme et avec beaucoup de réflexion. Plus tard on aviserait. Sous le bénéfice de ces observations, M. le ministre ne s'opposait pas à ce que, conformément au vœu de quelques nobles pairs, les pétitions lui fussent renvoyées. Toutefois il exceptait celles qui osaient réclamer la liberté pour les corporations religieuses; celles-là il les repoussait de toute son énergie. M. Villemain entrevoyait déjà le retour des Jésuites, et cette perspective effrayait son âme passionnée pour la liberté du pays et pour la paix de l'Eglise elle-même :

« Nous oublions vite en France, s'écria-t-il ; nous paraissons ne plus nous souvenir de 1830 et de la Restauration et des enseignements terribles d'un trône jeté dans la boue. Ne vous rappelez-vous plus la marche cachée d'une corporation plus funeste encore à ses amis qu'à ses ennemis, et son mauvais esprit contre les franchises du peuple et l'indépendance de l'État, cet esprit ennemi juré de tout libre arbitre intellectuel?... N'est-ce pas cet esprit de l'Institut des Jésuites qui finit par soulever la France entière, je ne dirai pas contre la religion, mais contre le culte catholique confondu malheureusement avec les excès des énergumènes? Les véritables catholiques ne devraient pas demander le retour de ces corporations funestes... Ils doivent être heureux que les Ordonnances les interdisent... » — La tirade se terminait par une de ces antithèses où un orateur qui sait son métier ramasse son discours en un raccourci saisissant : « C'est parce que j'aime les libertés de mon pays que je ne veux pas concéder la liberté de leur destruction. Je la refuse aux destructeurs ^. »

Le vote delaChamlîre des Pairs calma sur ce point les

I. Le Moniteur : Séance de la Chambre des Pairs, 12 mai i843.

appréhensions du ministre. Quant à la liberté d'enseignement, on souhaitait qu'il prît en considération la requête des pétitionnaires. Ce vœu platonique n'était pas pour triompher des résistances de M. Villemain ; il espérait bien endormir par ses promesses l'ardeur des réclamants, et avec le temps enterrer une question qu'il ne voulait pas résoudre.

Mais le parti catholique n'entendait pas se prêter à ce calcul. 11 comptait maintenant parmi ses recrues un rude jouteur avec lequel les pontifes de l'Université, les oracles de la presse et du parlement et les ministres euxmêmes seraient obligés de compter. C'est au début de 1843 que Louis Veuillot avait pris la direction de VUnivers ; les premiers combats qu'il soutint furent naturellement pour la liberté qu'il s'agissait alors de conquérir. L'été venu, il publia une Lettre à M. le ministre de l'Instruction publique^ où il se propose, disait-il, « de résumer la longue polémique qui vient de s'agiter entre l'Université et le principal organe des catholiques dans la presse parisienne ». 11 débute par cette déclaration que Sainte- Beuve qualifia à'inliumaine : « ^'ous n'aurez point de vacances cette année, INI. le ministre, ni votre successeur l'année prochaine, s'il plaît à Dieu; car les catholiques ne veulent plus interrompre la guerre qu'ils livrent à l'enseignement d'État. » Et un peu plus loin : « Ce court écrit, si vous daigne/ le parcourir, vous fera connaître au vrai nos droits, nos vœux et quelques-unes de vos fautes... » Ces trois mots renferment en effet le sujet et la division de l'opuscule ; les droits et les vœux des catholiques y sont exposés avec la précision et la fermeté lumineuse, caractéristique de la manière du maître écrivain; les fautes des gouvernants, avec la verve caustique, vengeresse, parfois étourdissante qui lui a valu de si chaudes admirations et de si violentes rancunes. La Lettre à M. le

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