‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 26 sur 382 · Lettre du P. Godinot au P. Roolhaan, 29 octobre · texte numérisé non relu

Lettre du P. Godinot au P. Roolhaan, 29 octobre

2. « L'écrit qu'on va lire a été composé, il y a plus de quatre ans, et il n'était pas destiné à voir le jour. Nous n'avions en vue que de satisfaire le désir de quelques amis qui nous avaient demandé notre avis sur un ouvrage dont on parlait avec une sorte d'enthousiasme. » On le présenlait comme un classifjue (jui devait renouveler tout l'enseignement de la Théologie... (Introduction de VE.xamen, etc.)

3. Examen d'un ous-rage intitulé « Des Doctrines philosophiques sur la certitude dans leurs rapports avec les fondements de la Théologie », par J. L. Rozaven D. L. C. D. J.

/(. .\l)hc de Ladoue, Mgr Gerbet, etc.. Tome l, p. i35.

CHAPIÏHE l'UEMIER 43

parmi vos additions, les éclaircissements que les attaques (du P. Rozaven) pourraient rendre utiles, mais sans faire aucune mention ni de lui, ni de son ouvrage. 11 ne cherche autre chose qu'à entamer une discussion qui lui donnerait une importance que par lui-même il n'a pas. 11 faut laisser ces gens-là tranquilles dans leurs idées et dans leur bêtise et continuer de marcher en avant. » Manifestement l'homme qui parle ainsi a perdu le sang-froid, et, sans s'en apercevoir, il rend lui-même le plus bel hommage à l'écrivain qu'il croit accabler de son mépris.

Ce qui n'est pas moins significatif que le dépit de Lamennais et l'expliquerait au besoin, c'est que V Examen porta la lumière dans beaucoup d'esprits et détermina des défections parmi les mennaisiens. Le Père Renault, futur Provincial de France, était, au dire du Père Rozaven, l'un des plus « tenaces ». Quelques mois après l'apparition du livre, il avouait au Père Roothaan que, « de la portion si considérable des Jésuites français » qui avaient embrassé « la doctrine d'autorité », il n'en restait plus qu'un nombre infime. « Pour moi, ajoutait-il, je ne tiens plus aucunement à cette doctrine, telle que l'a exposée M. de Lamennais et que l'a expliquée M, Gerbet dans ses rapports avec la foi... Jusqu'ici le Père Rozaven avait vainement essayé de m'ôter de la tête mes idées...; maintenant je me trouve entièrement convaincu; son livre répond surabondamment à tout. » (17 Février 1832.)

Un témoignage plus honorable encore et de plus grand poids fut celui que le Souverain Pontife lui-même rendit spontanément à V Examen. La première édition ayant été épuisée en moins d'un an, Grégoire XVI exprima le désir qu'on en fit paraître une seconde. Sur ces entrefaites, l'Encyclique Mirari vos était venue rappeler à la motlération et à l'orthodoxie les mennaisiens rédacteurs du journal V Avenir. (15 Août 1832.) Comme ni les personnes, ni les ouvrages n'étaient expressément désignés, quelques-uns d'entre eux, touten protestant de leur soumission, s'efforçaient de mettre leurs doctrines hors

de cause; celles qu'ils soutenaient n'étaient pas, d'après eux, celles que réprouvait le document pontifical ^ Ils avaient opposé la même fin de non-recevoir aux arguments de V Examen. C'est assez l'usage, malheureusement, de ceux à qui on signale leurs erreurs de répondre : On ne m'a pas compris. Aussi à propos de cette nouvelle édition à laquelle il travaillait, le Père Rozaven écrivait à son confident accoutumé : « J'espère prouver à ces Messieurs que, quoi qu'ils en disent, j'ai bien compris leur doctrine. » (22 Février 1835.) Et, après avoir dans une longue Introduction mis en regard les affirmations de l'Encyclique et les textes de l'Avenir, il annonce que, puisqu'il le faut, il va « suivre pied à pied « celui de M. l'abbé Gerbet.

Au reste toute échappatoire allait être fermée aux défenseurs du système philosophique du sens commun et de la raison générale. Les erreurs de V Avenir, déférées au jugement du Saint-Siège tout à la fois par les évéques qui les avaient censurées et par les rédacteurs même du journal, avaient été condamnées en toute bénignité et douceur ; l'Encyclique de 1832 ne contenait rien d'autre que l'énoncé de la doctrine de l'Eglise sur les points en question, sous forme d'instruction adressée au monde catholique par le Pape à l'occasion de son avènement. La Curie romaine s'étaitcontentée d'en faire remettre un exemplaire à Lamennais et à ses collaborateurs. Mais, même avec ces ménagements, le désaveu de ses idées irrita profondément le réformateur; c'était plus que n'en pouvait supporter l'orgueil du malheureux prêtre qui prétendait régénérer l'Église. Dès lors la révolte et l'apostasie étaient consommées dans son for intérieur. Le flot d'amertume et décolère, contenu quelque temps, s'épancha enfin dans Les Paroles d'un croyant, sorte de pamphlet où

1. « Les opinions nouvelles, inconteslablement hétérodoxes, signalées dans l'Encyclique, ne sont point celles de M. de Lamennais et de ses amis, t {Revue européenne citée par Rozaven, Examen, etc. 2« édition. Introduction, p. 'j5.)

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