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Journal des Débats, 2 Juillet

2. Il y a quelques années, M. Gabriel Monod, professeur lui aussi au Collège de France, a prétendu rétablir la vérité sur les « troubles » de 18^3 aux cours de MM. Quinet et Michelet, troubles qui d'après lui se réduisent à rien ou si peu que rien. Sur quoi il émet un épiplionème mélancolique : « Ces faits datent d'hier, et déjà la légende a travesti l'histoire. Qu'est-ce que la vérité? » — M. Gabriel Monod fit une lecture sur ce sujet à l'Académie des Sciences morales et politiques, dans la séance du 6 juin 1909; il la complétait dans un article de la Re^'ite publié à la même époque. Nous avons dit nous-même qu'il y a de l'exagération dans tel ou tel récit, mais le fait lui-même des troubles est indéniable; toute la presse contemporaine les mentionne; ils eussent été plus graves sans l'intervention des Jésuites, du P. de Ravignan en particulier, qui dut se justifier de sa modération. (Voir sa lettre au P. Général, Vie du P. de Ravignan. 10° édition. T. I, p. 273.) La « légende », selon son habitude, y a ajouté ; M. Gabriel Monod, lui, en retranche plus que de juste. Il invoque à l'appui de sa thèse les journaux universitaires et les notes personnelles de Quinet et de Michelet. Mais ce n'est pas à ces sources d'informations qu'il faut aller chercher la vérité en pareille matière. Les professeurs n'ont pas coutume de consigner dans leur jour nal les chahuts faits à leurs cours. D'ailleurs les notes auxquelles se

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Les leçons qui avaient fait tant de bruit parurent dignes d'être transmises à la postérité; les deux professeurs les réunirent dans un volume qui a pour titre : Des Jésuites. Ce fut pour eux un nouveau triomphe, sans parler du profit. Dans l'édition de 1845, on lit un Avis des éditeurs — il faudrait dire de l'un des auteurs; on y reconnaît la touche de Michelet — : « Jamais livre n'obtint plus de succès. Sept éditions en huit mois! 11 a été traduit dans toutes les langues. Depuis deux ans plus de 200 volumes ont été publiés pour ou contre l'ouvrage de MM. Michelet et Quinet... C'est à eux qu'appartient l'honneur d'avoir les premiers dévoilé les prétentions nouvelles des Jésuites et les espérances perfides de cet Ordre insatiable. »

Grâce aux Jésuites MM. Michelet et Quinet étaient devenus des célébrités mondiales; c'est un service que, sans le vouloir, ils ont rendu à bien d'autres. Toutefois pour la gloire de ses auteurs il eût mieux valu que ce pauvre livre ne vît point le jour. Pour ce qui concerne la part de Michelet, M. Thureau-Dangin nous a dit « qu'elle échappe à l'analyse », partant à la discussion. De fait, il est bien impossible de discuter ces saillies d'une verve incohérente et bouffonne, cette perpétuelle déclamation où d'énormes paradoxes s'appuient, en guise de preuves, sur des métaphores fulgurantes. Que dire devant cette description de la vie quotidienne dans une maison de la Compagnie de Jésus : « Nul bruit, mais un triste murmure, un bruissement de gens qui confessent les péchés d'autrui, qui se travaillent les uns les autres et se rongent tout doucement ! » Quoi encore, quand on voit comparer l'éducation des Jésuites à ces procédés d'élevage d'où sortent « des moutons qui ne sont que suif, des bœufs qui

réfère M. Monod sont contredites par d'autres notes insérées par les mêmes professeurs dans le livre qu'ils publièrent en commun. Miclielel demande au lecteur « l'indulgence pour un enseignement poursuivi malgré l'orage ». (V. 28.) Quinet dit que « pendant trois quarts d'heure il fut impossible de prendre la parole ; on le pressait de renoncer » ; mais il est résolu « à rester, s'il le faut, jusqu'à la nuit ». (P. i44-)

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