‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 268 sur 382 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

ne sont que viande, d'élégants squelettes de chevaux » ? Quoi enfin, quand l'Institut de saint Ignace est présenté comme une « grande église, non pas celle du moyen âge dans sa végétation naïve, non! Une église dont les murs n'offriraient que têtes et visages d'hommes entendant et regardant, mais nul membre, les membres et les corps étant cachés pour toujours et scellés, hélas ! au mur immobile. » On comprend que devant des attaques de ce genre les Jésuites se soient sentis désarmés et n'aient trouvé rien à répondre. Tout au plus pourraient-ils s'affliger que le Collège de France serve de scène pour de semblables pasquinades.

La prose de Quinet, moins éblouissante, moins dévergondée aussi, n'est d'ailleurs pour le fond, pas beaucoup plus respectueuse de la vérité. Le Père Gahour prit la peine d'y répondre V Sa tâche était plutôt facile. Il lui suflit de reproduire dans leur intégrité les textes latins traduits, arrangés et commentés par le savant professeur, pour montrer quelles étranges libertés il prenait à leur égard. Le Jésuite se donna même le malin-plaisir de faire dialoguer Quinet avec son secrétaire. Celui-ci apporte les passages découpés dans les Constitutions de saint Ignace ; Quinet lui indique ce qu'il faut, suivant les cas, retrancher, ajouter ou modifier.

Le Père Cahour n'eut pas beaucoup de peine non plus à établir que le célèbre professeur était aussi fantaisiste en Histoire qu'en exégèse ; mais ici nous avons mieux que l'apologie des Jésuites par un Jésuite.

On sait que M. Gabriel Monod prit pour sujet de ses derniers cours au Collège de France l'Histoire de la Compagnie de Jésus. Ses préjugés protestants lui inspiraient pour l'Ordre de saint Ignace toute autre chose que de

I. Des Jésuites, par un Jésuite. Première partie Examen des textes, In-i2 de VI-192 pp. Paris, Poussielgue-Rusand, i843. — Deuxième partie Examen des faits historiques. In-12 de 38i pp. Ibid. i844. L'Appendice Inconvénients de l'emploi des Jésuites dans les Missions est du P. Cahier. L'ouvrage du P. Cahour fut traduit en allemand et en espagnol.

la sympathie ; son témoignage ne saurait donc être suspect. Or, M. Gabriel Monod ne s'est pas fait faute de relever mainte et mainte fois l'incroyable légèreté de son devancier sur le terrain de l'Histoire. Un seul exemple. Le 5 juin 1909, la leçon roulait sur l'évangélisation de la Chine par les Jésuites au xvii^ et au xviii® siècle. Survient le visiteur apostolique, Tournon; autoritaire et cassant, il publie, à peine débarqué, la condam.nation des rites chinois. L'empereur donne l'ordre de le saisir et de le remettre aux Portugais de Macao qui le gardent quelques mois en prison. Ici le professeur se reporte au récit de Quinet ; il tient en deux lignes : Tournon arrive en Chine ; c'est un prélat français ; la Société le fait arrêter et jeter dans les fers ; il meurt en prison de surprise et de douleur. — M. Monod ferme le livre d'un geste un peu vif. « Autant d'erreurs que de mots, dit-il. Tournon est Italien ; il n'est pas pris par les Jésuites ; il ne meurt pas en prison. Arrêté en 1705, il est bientôt relâché, retourne en Europe, est fait cardinal et meurt tranquillement en 1710. »

Pendant que deux professeurs du Collège de France dénonçaient les Jésuites à l'élite intellectuelle du pays, Eugène Sue les livrait en pâture à la « populace ». Le Juif errant semble en effet destiné aux «pauvres d'esprit » ; mais à vrai dire, il trouva des lecteurs dans tous les mondes. Le roman-feuilleton venait de naître, et du. coup il avait détrôné tous les autres genres littéraires. Eugène Sue y avait débuté par les Mystères de Paris, que Jules Janin comparaît à « certains tonneaux nocturnes » ; il n'en était pas moins devenu l'écrivain à la mode. Le Docteur Yéron avait pris depuis peu la direction du Constitutionnel qui pdissail par une crise. C'était un homme singulièrement entendu aux affaires de presse périodique; ;iyant vu de quel côté le vent soufflait, il n'hésita pas à

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