‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 271 sur 382 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Faculté des Sciences de Paris ; plus tard il alla au Collège de France rejoindre Quinet etMichelet, quand il eut comme eux foncé contre les Jésuites. Inspecteur général de l'Instruction publique, chargé de différentes missions de confiance, décoré de la Légion d'honneur, cet étranger fut enfin délégué par M. Guizot à l'inspection des bibliothèques publiques. C'est cette fonction qui lui permit de déployer une aptitude spéciale qui s'ajoutait à ses qualités de savant et d'écrivain. 11 trouva le moyen de détourner des pièces d'archives dont il trafiqua pendant des années. Il gagna ainsi une grosse fortune et malheureusement aussi une condamnation à dix ans de travaux forcés, qu'il esquiva d'ailleurs en passant en Angleterre». Il y a de l'honneur à être haï et insulté par certaines gens; Libri voulut bien procurer cet honneur aux Jésuites. Il écrivit d'abord contre eux deux articles sous forme de Lettres dans la Revue des Deux Mondes. (1" Mai et 15 Juin 1843.) Il en ajouta trois autres qui, réunis aux deux premiers, avec divers appendices pour faire nombre, formèrent un juste volume. Il y a un peu de tout dans ces Lettres ; Fauteur, en effet, part de cette question : « Y at-il encore des Jésuites? » Et pour prouver qu'il y en a encore, il parle des ennuis que les catholiques, les évêques, les journaux causent à l'Université, des calamités dont les honnêtes libéraux ont à se plaindre, et « voilà bien, dit-il, l'effet du funeste ascendant des Jésuites ». Le volume de Libri est d'ailleurs d'une lecture peu engageante; il est permis assurément à un mathématicien étranger d'écrire mal en français; Libri profite largement de la permission. C'est apparemment pour cela que, après les deux premières Lettres, la Revue des Deux Mondes ne jugea pas à propos de publier les suivantes, malgré toute leur valeur d'actualité.

i.'Le rapport du Procureur du Roi estimait à plus de 5oo.ooo francs le proQt que Libri aurait retiré de ses rapines. On sait que lord Ashburnam, à qui il avait vendu les pièces les plus précieuses, les restitua à la France, quand il apprit (ju'elles avaient été volées.

Le livre de Génin mérite qu'on s'y arrête davantage. Mieux encore que dans les Lettres de Libri, on y voit appliquée la méthode adoptée à cette époque par le grand étal-major universitaire pour la guerre contre les Jésuites, méthode qui consiste à leur attribuer tout ce qui, dans les institutions ou la vie de l'Église, appelle les moqueries ou les indignations des libres penseurs. Le titre Les Jésuites et V Université^ par François Génin^ professeur à la Faculté des Lettres de Strasbourg^ a déjà le mérite d'indiquer avec précision d'où partent les coups et sous quelle inspiration la charge est conduite. Avec quelle courtoisie et quelle modération, on en jugera par les lignes suivantes; M. Génin cite le début de l'opuscule du Père de Ravignan : « Je dirai ce que nous sommes ; on l'ignore... », et il riposte : « Point du tout ; on sait de reste ce que sont les Jésuites ; on le sait mieux que vous. Vous nous direz ce que vous êtes, vous personnellement; vous êtes un homme convaincu, sincère, un homme de bien; on l'accorde. Qu'est-ce que cela prouve? Que les Constitutions des Jésuites ne s'opposent pas invinciblement à ce qu'on soit honnête homme? Qu'on peut être honnête homme et Jésuite? Dans une autre bouche que celle de M. de Ravignan cette démonstration pourrait passer pour une bonne épigramme '. »

Ce brevet de malhonnêteté décerné aux Jésuites, le professeur n'a pas à se gêner avec eux. Et de fait, il en prend à son aise. Il expose en cinq chapitres, dans une Première Partie, le tort que les Jésuites font à la religion. Voici comment il procède. Depuis 1830 les Jésuites « gagnent les classes supérieures », en leur offrant « la religion au rabais ». En guise de preuves, trente pages de discussion sur les Lettres pastorales et mandements de l'évêque de Chartres. Quant aux classes poj)ulaires, les Jésuites les gagnent par des miracles et des dévotions. Exemples : le jeune Clifford, élève de Fribourg

I. Les Jésuites et V Université. P. 475. Paris, Paulin, i844.

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