CHAPITRE X
durée de la Monarchie de Juillet, on s'obstina dans les régions gouvernementales à voir en eux des carlistes^ et par là même des adversaires. Voici donc la nouvelle que le Journal des Débats servait à ses lecteurs en guise d'étrennes au l®'' Janvier 1844 :
« On lit dans le Moniteur parisien : Plusieurs journaux ont annoncé que le duc de Bordeaux avait visité un collège français près de Birmingham, et que sa présence y avait excité le plus vif enthousiasme. Nous trouvons à ce sujet, dans une correspondance anglaise, des détails très curieux. Et d'abord, l'établissement est le collège d'Ascott [sic]^ tenu par les Jésuites et renfermant, avec beaucoup d'enfants de nobles familles catholiques d'Irlande, quelques fils de famille du continent. Le duc de Bordeaux y a couché une nuit... Le lendemain il a assisté à une séance dramatique où on a joué le deuxième acte d^Athalie. Le jeune Arthur de Glamorgan déclama :
Il faut que sur son trône un roi soit élevé
Qui se souvienne un jour qu'au rang de ses ancêtres
Dieu l'a fait remonter par la main de ses prêtres.
« Les Révérends Pères Jésuites, qui étaient fort nombreux, ont agité vivement leurs chapeaux; le dernier vers a été répété avec enthousiasme et les écoliers de la classe de français ont poussé de longs huzza. Le prince s'est assis à la table du R. P. Wiseman, Supérieur et Provincial de l'Ordre ; il y avait cinq Jésuites français. Le lendemain le prince est parti, emportant les bénédictions des Révérends Pères. »
La réponse ne se fit pas attendre ; elle vaut d'être citée. Le futur cardinal Wiseman écrit à la fois au Moniteur Parisien et au Journal des Débals.
a Collège Sainte-Marie, Oscott, 8 janvier i844.
« Monsieur le Rédacteur,
« J'ai lu avec beaucoup de surprise les détails que vous avez donnés dans votre journal du P''^ janvier sur la visite
de Mgr le duc de Bordeaux au collège d'Oscott que j'ai l'honneur de présider, détails que vous signalez justement comme très curieux.
« Mgr le Duc de Bordeaux nous a accordé une visite et nous avons fait tout notre possible pour la lui rendre agréable... Mais à part cela, tout dans votre récit est un rêve, une pure fiction, dont je réclame la pleine rectification.
« 1° Ce collège est dirigé, non par des Jésuites, mais par des prêtres séculiers.
« 2° Je ne suis pas moi-même membre de cette illustre Société et par conséquent je n'en suis pas le Provincial.
« 3° Si, par « fils de famille du continent », on veut désigner des Français, je puis vous assurer qu'il n'y en a pas un seul parmi nos élèves.
« 4° On n'a pas récité un seul vers d' At/ialie, ni d'aucune autre pièce française...
« 5° Il n'existe dans notre établissement personne qui s'appelle i\.rthur Glamorgan ; je n'ai jamais connu ce nom ni en Irlande ni en Angleterre.
« 6" Par conséquent ni lui ni personne n'a récité les vers que vous citez à'Athalie.
« 1° Et par suite ils n'ont pas été accueillis avec enthousiasme par les Pères Jésuites, avec agitation de chapeaux ou des huzza. Tout dans cette scène est imaginaire, l'élève, les vers, les Jésuites et leurs chapeaux. Vous ajoutez que parmi les Pères qui faisaient partie de cette réunion, se trouvaient cinq Pères français. Comme aucun Jésuite ne s'y trouvait, il n'y en avait aucun de Français.
« Si je me crois en droit de réclamer l'insertion de cette lettre pour démentir un récit si singulièrement dépourvu de toute vérité, ce n'est pas pour des motifs personnels, mais parce que l'article tend à créer des préjugés contre la Congrégation respectable dont vous me faites le Provincial.
« Je suis, etc..
N. WiSEMAN, évêque de Mélipotame.