‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 279 sur 382 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Inutile de dire que les journaux auxquels cette lettre était adressée se gardèrent de la publier. D'autres suppléèrent à leur silence '. Le Journal des Débals et le Moniteur Parisien comptaient parmi les principaux orga- ■ nés dévoués à la dynastie de Juillet. 11 resta établi pour leur puljlic que les Jésuites demeuraient partisans du régime déchu. Cette petite histoire prouve que, dans la guerre aux fils de Loyola, on pratique volontiers la maxime qu'on leur attribue : la fin justifie les moyens.

Quant au résultat de toutes ces excitations il fut ce qu'il devait être. Comme au temps de ]\Iontrouge et de M. de Montlosier, l'obsession du Jésuite s'empara d'une multitude de gens, et point seulement, comme nous le verrons plus tard, parmi le populaire; les personnages du Juif errant hantaient les cerveaux ; on les retrouvait partout et ces rencontres provoquaient les incidents les plus bizarres. La Gazette des Hôpitaux signalait des cas de Jésuitopliobie à l'attention des médecins spécialistes. L'un d'eux, ayant recommandé une maison de santé à un malade qui manquait de soins dans sa famille, se vit traiter de D' Baleinier (un des plus vilains types du roman). D'un autre à qui il avait proposé une sœur de Bon-Secours, il reçut la lettre suivante :

«Monsieur, ce n'estpas tout d'être Jésuite; il faut encore être adroit. La gaucherie avec laquelle vous avez voulu m'entourer de gens de votre espèce m'a vite indiqué à qui j'avais affaire. Gardez vos soins que je refuse. Je déteste les Rodin en robe ou en diplôme. Eugène Sue nousapprend les moyens de les reconnaître et de les démasquer 2. »

En même temps l'opinion publique exaspérée contre ces fantômes malfaisants, mais insaisissables, commençait à manifester contre les quelques réels Jésuites que l'on pouvait atteindre. Le quartier latin, déjà grisé par les diatribes du Collège de France, entra en fureur à la suite

1. L'Univers, 16 Janvier 1878. L Ami de la Religion. T. GXX, p. n8.

Page 1