CHAPITRE PHEMIEH
insistance, et qu'ils sont résolus à leurassurer quelle que soit la distance à franchir et les sacrifices à s'imposer *. Et ce qui vaut mieux encore que ces protestations de la première heure, c'est que cette fidélité de la clientèle ne se démentira pas, aussi longtemps que durera la proscription des maîtres.
Sans perdre de temps, des démarches furent faites pour la fondation d'un collège français à proximité des frontières. Le gouvernement sarde, à qui on s'adressa tout d'abord, ne donna pas d'espérance ; à Jersey la négociation se heurta aux susceptibilités protestantes. En Espagne, on fut plus heureux; dans le courant d'octobre le roi Ferdinand VII accordait aux Jésuites l'autorisation de s'installer au Passage, petite bourgade de 600 habitants, au bord de la mer, à une lieue de Saint-Sébastien ~. Tout fut organisé en quelques semaines; le petit séminaire de Bordeaux fournit personnel et matériel, et le 17 novembre 1828, le collège ouvrait ses classes avec une centaine d'élèves presque tous venus de France. Le gouverneurde Saint-Sébastien avait envoyé la musique militaire, et le soir des feux de joie s'allumèrent sur les collines qui encadrent la baie. On avait aménagé à la hâte deux ou trois maisons alignées au bord de l'eau, et
1. Voici un spécimen de cette correspondance, signé : Lelasseur. « ... Quant à mettre mon tils dans un collège de l'Université, jamais
on ne l'obtiendra de moi; j'aime mieux qu'il soit ignoranfqu'irréligieux et ennemi de son roi ; j'ai malheureusement sous les yeux la preuve journalière que ce sont les principes qu'on suit dans ces collèges. L'envoyer chez les Pères à l'étranger, c'est très coûteux; puis pourra- t-il passer le baccalauréat nécessaire à l'entrée de toutes les carrières? Un séminaire? J'obtiendrai de l'y faire admettre, malgré la restriction du nombre. Quand la tyrannie atteint un certain degré, la fraude est permise. Mais ensuite i)ourra-t-il être admis dans un collège pour préparer le baccalauréat?... » (Au P. Valantin, recteur de Sainte-Anne.)
2. En espagnol Los Pasages, à une lieue à l'est de Saint-Sébastien et à trois lieues de la frontière française. « Le grand havre de commerce de la conlr.ée, dit Elisée Reclus, devrait être la magnifique baie àe Pasages... Il est parfaitement abrité, puisque de ses eaux on ne voit même pas In mer, avec laquelle il communique par un étroit goulet facile à défendre. » (^Europe méridionale, p. 916.)
séparées de l'église par une ruelle, sur laquelle on ne tarda pas à jeter un pont '.
Dans de telles conditions le collège du Passage ne pouvait guère se promettre un avenir brillant. A l'isolement, au manque de ressources, aux difficultés d'accès, virirent s'ajouter les complications de la politique. Le contre-coup de la révolution de Juillet se fit sentir en Espagne ; Mina et ses bandes de partisans envahirent le Guipuzcoa; refoulés par l'armée régulière, ils approchèrent jusqu'à deux lieues du Passage; les élèves étaient en vacances; il fallut ajourner la rentrée jusqu'à la fin de novembre; beaucoup manquèrent à l'appel. Les années suivantes furent plus tranquilles et l'on entra dans une période de prospérité relative.
Le collège comprenait deux divisions, l'une française, l'autre espagnole ; le nombre des élèves approchait de deux cents; les cours étaient abondamment pourvus de professeurs ; la communauté compta jusqu'à cinquante religieux. Malgré les incommodités de la situation le collège du Passage aurait pu connaître de beaux jours; la mort de Ferdinand YII vint ruiner toutes ces espérances (1833.) Les Jésuites furent accusés de faire de l'opposition au gouvernement de sa fille Isabelle; ce qui donnait à cette imputation un semblant de vérité, ou tout au moins un prétexte, c'était la présence au collège d'enfants appartenant à des familles de la région où Don Carlos comptait le plus de fidèles. Dès lors les tracasseries de toute sorte allèrent leur train; on en vint jusqu'à frapper la maison d'un impôt de guerre de 20.000 francs; les Jésuites offrirent 300 francs, se déclarant prêts à partir si l'on exigeait davantage.
Vers le milieu de 1834, le Père Renault, après sa visite, exposait ainsi la situation.
«... Les parents ont retiré les élèves espagnols, les uns parce qu'ils ne nous regardent pasxîomme favorables