‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 283 sur 382 · Mélanges. Première Série, II, pp. 896 et suiv · texte numérisé non relu

Mélanges. Première Série, II, pp. 896 et suiv

2. (( A mes yeux elle (la Compagnie de Jésus) n'a montré souvent ni prudence ni habileté. Elle a trop cru au bien, elle a trop, si je puis

du moins les avertissements et les reproches y étaient inspirés par une véritable sympathie.

En même temps deux prêtres des plus distingués du clergé de Paris osaient bien protester du haut de la chaire contre la diffamation systématique dont la famille de saint Ignace était victime. L'un d'eux, l'abbé Deguerry, le futur martyr de la Commune, prêchait à Saint-Etienne-du-Mont. C'est là, en plein quartier latin, qu'il osa faire entendre l'éloge de ceux que des professeurs de l'État vouaient à l'exécration de la jeunesse. L'autre était l'abbé Théodore Uatisbonue, le converti du judaïsme, le fondateur des deux Sociétés religieuses de Notre-Dame de Sion. Il ne craignit pas, du haut de la chaire de Notre-Dame, en présence de l'archevêque, de saluer « cette Société célèbre — ce sont ses propres paroles — Société chère à tous les chrétiens par les services immenses qu'elle a rendus à la cause de Jésus-Christ, cette Société... si lâchement calomniée, cette Société que sa vocation place aux avant-postes de l'Église, qui lui a toujours fait un rempart du dévouement et de la vie de ses enfants et qu'on n'attaque jamais, sans que le catholicisme lui-même soit en péril ».

Le Provincial des Jésuites ayant écrit à l'abbé Ratisbonne pour lui dire ses remerciements et ceux de la Compagnie, celui-ci répondit par une lettre qui est trop à son honneur et qui précise trop bien la situation respective du clergé et des Jésuites pour que nous n'en citions pas au moins un fragment : « Mon Révérend Père... J'ai fait un acte des plus simples. L'occasion s'en présentait, et j'aurais été coupable, à mes yeux du moins, si je ne l'avais pas saisie. Les ennemis de Notre-Seigneur et de son sacerdoce doivent nous trouver plus francs qu'ils ne le sont euxmêmes. S'ils ont l'hypocrisie de déguiser leurs sentiments

ra'exprimer ainsi, pratiqué la vertu de l'espérance, surtout à l'égard du pouvoir temporel. Née à l'époque de la formation des grandes monarchies, elle est restée (idèle aux moyens et aux ressorts de la souveraineté. Avec Louis XIV comme avec l'empereur de Chine, elle a trop compté sur la faveur du maître et pas assez sur la sympathie des sujets. Peut-être est-elle en train d'en apprendre beaucoup sur ce chapitre. »

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