CHAPITRE X
par lesquels ils nous veulent tous proscrire, il convient que nous avouions les nôtres, par lesquels nous sommes fortement liés en la même cause et ne faisons qu'un seul et même corps. Ils seraient bien aises de nous diviser. Us y sont parvenus une fois; l'Histoire en raconte les tristes conséquences... Indigne soldat de Jésus-Christ, je me suis promis avec l'aide de sa grâce de prendre ma part des attaques et des calomnies auxquelles sont en butte les plus dévoués des membres de la milice sainte. Si Dieu ne m'a pas accordé l'honneur d'avoir rang parmi eux, il ne me refusera pas, je l'espère, celui d'être à leurs côtés, lorsqu'ils seront attaqués et outragés. »
A côté des hommes de cœur qui vengèrent l'honneur des Jésuites contre Michelet, Quinet et leur suite, on n'est pas peu surpris de rencontrer le transfuge de 1824, l'auteur des invraisemblables libelles, où étaient dévoilés par « un témoin oculaire », un ancien novice, les affreux mystères de Montrouge. Déjà en 1831 le malheureux avait esquissé un mouvement de retour à l'honnêteté, mais le courage lui avait manqué pour briser ses liens. Vaincu enfin par le remords, au moment où la Compagnie de Jésus était sur le point de succomber sous le poids des calomnies et des haines, il fit rétractation publique et complète des mensonges que lui-même avait accumulés contre elle. Alors que la clameur soulevée par la presse libérale demandait l'expulsion des Jésuites, on vit paraître un Mémoire à consulter pour le rétablissement légal des Jésuites, par M. Martial Marcet de la RocJie-Arnauld. Le livre s'ouvrait sur un Avertissement, oii le signataire disait entre autres choses : « ... Je déclare que je désavoue entièrement et de bonne foi tous les écrits que j'ai publiés contre les Jésuites, non point comme n'étant point de moi, mais comme les fruits honteux d'une vengeance pleine d'imposture... Je déclare que ce futl'esprit de parti qui me dicta ces extravagantes horreurs que j'ai débitées au public... Je déclare le plus hautement possible que c'est avec aussi peu d'honnêteté que de vérité que, à
peine sorti de l'Ordre des Jésuites où tous les soins de l'amitié m'avaient été prodigués, je les ai accablés d'injures, de gaieté de cœur..., par des personnalités tellement iudignes qu'en y pensant je ne comprends pas seulement comment un peuple honnête a pu les tolérer et comment un Gouvernement sage et fort ne les a pas sévèrement punies. » Usant du droit de Pétition, reconnu par la Charte à tous les citoyens, et dont il avait fait usage dix-sept ans auparavant pour provoquer la dissolution des Jésuites, il sollicitait maintenant des Chambres le rétablissement légal de l'Ordre, comme une mesure de justice et de sage politique <.
Cependant les Jésuites français ne se manquaient pas à eux-mêmes dans le furieux assaut qui leur était livré et où il y allait de leur existence. De toutes les réponses au manifeste parti du Collège de France, la plus complète et la plus péremptoire fut incontestablement celle du Père Cahour. A Des Jésuites^ par MM. Michelet et Quinet, il opposa Des Jésuites, par un Jésuite ; c'est d'un bout à l'autre la riposte de l'homme qui possède son sujet à une élucubration dont la fantaisie et la passion font tous les frais.
Mais il y avait mieux à faire qu'à réfuter des accusations cent fois mises à néant et toujours renaissantes. Comme rien ne vaut pour la défense de la foi contre l'erreur l'exposé lumineux et sincère des dogmes, de même la meilleure apologie d'un Ordre aussi calomnié et aussi méconnu que celui d'Ignace de Loyola devait être cherchée dans son Histoire et dans ses Constitutions. Une lettrç écrite de Rome en cette année calamiteuse recommandait la méthode aux Jésuites français : « Nous ne devons pas être surpris que les ennemis de l'Eglise nous fassent la guerre. Malheur à nous s'il en était autrement... Userait à souhaiter cependant que les personnes de bonne foi qui ont des préjugés contre nous, parce qu'elles n'ont jamais rien lu ou entendu