‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 285 sur 382 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

sur la Compagnie que les diatribes calomnieuses, eussent le moyen de dissiper leur ignorance. Pour cela, il serait bon que l'on trouvât facilement chez les libraires quelquesuns des ouvrages publiés pour notre défense..., mais surtout les Vies de nos saints et V Histoire de nos Missions.^ >;

Il est certain que, pour tout esprit loyal, ce plaidoyer par les faits suffira toujours à faire justice d'accusations lancées sans preuve et répétées sans discernement. Le cardinal de Bonald n'en invoquait pas d'autre pour répondre au réquisitoire de Michelet et Quinet. Au moment où leur livre venait de paraître, il écrivait au Recteur de l'Académie de Lyon une lettre qui souleva grande rumeur dans la presse universitaire : « Nous ne sommes pas, disait-il, sous le joug des Jésuites, comme on s'est plu à le répéter... Mais nous ne prétendons pas méconnaître les services de cette illustre Compagnie; ils sont écrits dans l'un et l'autre hémisplière en caractères trop éclatants. Les traces du sang de ses apôtres au Japon, en Chine, en Amérique sont en sa faveur un panégyrique que ne pourront affaiblir des déclamations passionnées peu dignes du talent et de la gravité des fonctions de ceux qui les ont fait entendre récemment... Pour moi je vénère une Société qui se fait égorger pour Jésus-Christ, Que ses détracteurs imitent l'héroïsme de leur abnégation ! » (11 Octobre 1843.)

Ce fut en effet, il n'y a aucune honte à l'avouer, le souci de leur défense qui inspira aux Supérieurs de la Compagnie de Jésus la pensée de donner au public français une Histoire de leur Ordre. Le moment n'était pas venu où un Jésuite pourrait lui-même entreprendre ce travail; c'est pourquoi il fut confié à un homme du dehors, qui d'ailleurs n'avait aucune obligation envers la Société et entendait bien garder vis-à-vis d'elle sa pleine indépendance. Les volumes de Crétineau-Joly, paraissant coup sur coup au fort de la tempête déchaînée contre les Jésuites, furent

I. Au P. Jordan, Supérieur de la résidence de Grenoble, 16 juil. i843.

pour leur cause devant l'opinion un secours puissant ; assurément ils ne désarmèrent pas des hostilités qui, sous le nom des Jésuites, visaient bien autre chose qu'un modeste bataillon de religieux; mais la vraie famille de saint Ignace leur dut de voir tomber beaucoup de préventions, remplacées souvent par de réelles et chaudes sympathies.

L'opuscule du Père de Ravignan, De V Existence et de V Institut des Jésuites, qui parut quelques mois plus tôt, eut à cet égard une portée plus considérable encore ; du moins il eut un retentissement beaucoup plus vaste et atteignit un public bien autrement nombreux. Ce fut, pour employer une formule quelque peu banale, plus qu'un livre, ce fut un acte. Par la voix d'un des siens, en possession d'une très grande notoriété, environné de l'estime universelle, imposant par son caractère le respect aux ennemis les plus déclarés, la Compagnie de Jésus osait enfin s'affirmer elle-même ; elle se présentait à visage découvert à la société contemporaine, protestant contre des accusations et des injures systématiques et.réclamant sa part de justice et de liberté. Une lettre du Père Général au Provincial de Lyon qui se trouvait à Paris, au début de 1844, montre que depuis quelque temps une déclaration de ce genre était souhaitée et attendue : « J'ai déjà marqué au Père Boulanger que je désirais beaucoup que la Compagnie pût bientôt sortir en France de cette espèce d'incognito qui entoure nos ministères et arrête les vocations, que pour cela il fallait saisir le premier moment favorable, que, étant sur les lieux, il pourrait s'entendre avec vous, si les circonstances le permettaient pour lancer dans le public l'ouvrage du Père de Ravignan...» (27 Janvier 1844.)

A cette date r« ouvrage » avait vu le jour. Il était prêt depuis plusieurs semaines; avec sa modestie ordinaire, le Père de Ravignan en avait informé le Père Général : « Depuis deux mois entiers je suis occupé à composer un écrit sur la Compagnie. 11 est enfin achevé ; je ne sais ce qu'il vaut; j'ai été heureux d'obéir, mais je ne mérite pas

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