CHAPITRE X
« La prudence a ses lois, elle a ses bornes.
« Dans la vie des hommes, il est des circonstances où les explications les plus précises deviennent une haute obligation qu'il faut remplir.
« Je l'avouerai, depuis surtout que le pouvoir du faux semble reprendre parmi nous un empire qui paraissait aboli, depuis que des haines vieillies et des fictions surannées viennent de nouveau corrompre la sincérité du langage et dénaturer les droits de la justice, j'éprouve le besoin de le déclarer : Je suis Jésuite, c'est-à-dire religieux de la Compagnie de Jésus.
« Cette déclaration, je la dois à moi-même; je la dois à mon ministère, à mes frères dans le sacerdoce, à tous les fidèles qui m'honorent de leur confiance; je la dois à l'Église, à Dieu.
« Je n'apprends rien au plus grand nombre, mais je satisfais au besoin de ma conscience, au besoin de ma position et de ma liberté.
« Il y a d'ailleurs en ce moment trop d'ignominie et trop d'outrages à recueillir sous ce nom, pour que je ne réclame point publiquement ma part d'un pareil héritage.
« Ce nom est mon nom ; je le dis avec simplicité ; les souvenirs de l'Evangile pourront faire comprendre à plusieurs que je le dise avec joie. »
11 ne fallait rien moins que la grande situation personnelle du Père de Ravignan pour se permettre cette franche et fière déclaration qui était alors une nouveauté inouïe. Génin le constatait sur un ton qu'il voulait faire ironique : « Ce qu'on ne pourra jamais ôter à M. de Ravignan, c'est la gloire d'avoir le premier en France, depuis 1764, rétabli au frontispice d'un livre cette formule /;«/-Ze Révérend Père Un Tel, de la Compagnie de Jésus^ avec le monogramme de la Société'. » Depuis trente ans que l'Ordre de saint Ignace avait repris pied en France, ses membres s'étaient condamnés à laisser dans la pénombre leur qua-