‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 299 sur 382 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

et trop accablantes: « Feuilles déchirées aux registres, articles faux, fausse clé, litres saisis, disparition subite, nom d'emprunt, dépenses folles, abus de confiance, il y avait de quoi lui faire appliquer vingt ans de galères, s'il ne s'agissait d'un vol fait aux Jésuites ' ».

Manifestement ce fut une circonstance atténuante que son défenseur sut faire valoir et qui pesa dans la balance. Au cours des débats, Affenaër avait fait des révélations importantes pour la sûreté de l'Etat; témoin oculaire de la vie des Jésuites, pendant des années, il avait donné l'alarme sur les agissements redoutables de la Congrégation; ses services méritaientbien quelque indulgence^. Il fut condamné à cinq ans de prison et dix ans de surveillance de la haute police. Le Père Guidée, Supérieur de la rue des Postes, en était réduit à se féliciter de ce que la Compagnie n'eût pas eu trop à souffrir pour avoir osé poursuivre l'escroc. « Nous ne pouvions désirer mieux, écrivait-il à l'issue du procès... Notre intérieur a été percé à jour ; nous avions en face de nous un homme qui disait avoir vécu dans notre intimité, connaître tous nos secrets, qui se donnait comme ayant à faire les plus terribles révélations... Or, qu'est-il résulté aux débats de tout cet échafaudage? Rien, absolument rien à notre charge. On ne peut raisonnablement

1. Lettre du P. Bigot au P. Cauneille, procureur de la Province de Lyon, 12 août i844.

2. Le Correspondant écrivait dans sa Revue politique de la Gn d'avril: « Il y a un mois on soupçonnait tout au plus l'existence des Jésuites en France. M. Cousin lui-même... etc. Mais depuis un mois on a fait de grandes découvertes. Certain arrêt de la Cour d'assises a éiBihli juridiquement non pas que Aflfenacr est un voleur, mais que les Jésuites sont une Congrégation, et depuis ce temps la presse chaque jour commente les dires, fait valoir le respectable témoignage, bénit les salutaires révélations de Monsieur Affenaër... Il est triste cependant de penser qu'un tel homme soit sous les verroux, et que celui qui a j^rémuni la patrie contre de tels dangers.., n'ait obtenu pour récompense que les circonstances atténuantes. » Le Correspondant. Tome X.

nous faire un reproche d'avoir Maria-Stella dans une bibliothèque de 40.000 volumes... ' »

I. Allusion à un incident d'audience. On avait saisi chez ACfenacr un livre intitulé Maria-Stella; c'était un pamphlet politique contre la dynastie. Le voleur avait déclaré l'avoir reçu des Jésuites. Le Père Pourcelet, bibliothécaire de la rue des Postes, dut pour ce fait paraître à l'audience, et subir une semonce du président Orandet : « Pourquoi garder ce livre? — Je le garde comme un autre; je suis bibliothécaire. — Mais pourquoi le remettre à l'accusé? — Pour qu'on ne le trouvât pas chez nous. — Mais il est mauvais; votre devoir est de le détruire. Aujourd'hui, entendez-vous?... — Le témoin salue et se retire. » {Gazette des Tribunaux, loc. cit.)

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