CHAPITRE XI
I. — Sur la fin de 18^3, il y a une « question des Jésuites ». M. Martin du Nord, ministre des Cultes. M. Guizot, véritable chef du Gouvernement. Témoignage que lui rend le P. de Ravignan. Le Message royal annonce le dépôt d'un projet de loi sur la liberté d'enseignement. Intervention de M. Dupin et de M. Isambert. Déclaration de M. Martin du Nord,
II. — Le nouveau projet de loi Villemain. La déclaration imposée par l'Ordonnance de 1828 en est la disposition essentielle. Protestation à peu près unanime de l'épiscopat. Le Mémoire au Roi de l'archevêque de Paris. Mgr de Mazenod. Agitation du parti catholique. Le ministre des Cultes menace les évêques. Réplique de Montalembert à la Chambre des Pairs.
III. — Le projet de loi devant la Haute Assemblée. Rapport du duc de Broglie. La discussion est « un des épisodes parlementaires les plus remarquables de la Monarchie de Juillet »■ Cet « épisode » appartient à l'Histoire de la Compagnie de Jésus. Trente-cinq à quarante discours sur les Jésuites. M. Cousin ouvre le feu. Le baron Charles Dupin. MM. Viennet et Kératry. M. Hippolyte Passy. Les Jésuites responsables des excès de la Révolution. Le comte Portalis. M. Persil et le « certificat d'études ». Intervention de M. Guizot. Ses « théories générales » .
IV. — Montalembert prend la défense des Jésuites. Il force l'attention de la Chambre. Éloquente et victorieuse' réplique aux accusations des orateurs qui l'ont précédé à la tribune. Le comte Beugnot. Le duc d'Harcourt. Le marquis de Boissy. La « peur du Jésuite ». Aveu de M. Rossi. Vote final. Une loi mort-née. Résultat de la discussion en ce qui concerne la Compagnie de Jésus. Le P. Général exprime sa gratitude à Montalembert. Noble réponse.
V. — Le projet de loi à la Chambre des députés. M. Thiers se fait nommer rapporteur. Son Rapport; il suscite toute une littérature. Accident survenu au ministre auteur du projet de loi. M. de Salvandy succède à M. Villemain. Le projet de loi est abandonné. Le régime fait faillite à ses promesses de liberté parce que les libéraux ont peur du Jésuite.
Une lettre du Provincial de Lyon, en date du 29 décembre 1843, résume la situation de la Compagnie de Jésus en France à la fin de cette année calamiteuse : « Rien n'égale la fureur et les inventions inouïes de nos ennemis ; ils épuisent tous les moyens que le mensonge et la calomnie peuvent leur fournir. Et cependant il est vrai de dire que l'opinion s'éclaire singulièrement et que notre cause grandit tous les jours. Voilà peut-être quinze ou vingt opuscules qui paraissent l'un sur l'autre en noire faveur. Quelques journaux qui sont loin pourtant d'être catholiques nous défendent et le font avec quelque chaleur. Le Père Boulanger assure que M. Guizot et M. Martin du Nord nous défendront devant les Chambres ; il dit qu'ils s'y sont engagés formellement. C'estce quenoussaurons bientôt. En attendant, les lettres de M. Martin du Nord continuent aux préfets et aux évéques à notre sujet. Au Puy Mgr Darcimoles vient de répondre à beaucoup de questions que le ministre lui avait posées, et il a réfuté quelques calomnies inventées contre Vais. A Lyon, le cardinal a été interrogé sur nous parle même ministre... A moins d'un miracle, il y aura dans les Chambres une terrible explosion contre nous.* »
L'habile diversion exécutée par les défenseurs du monopole universitaire avait réussi; il y avait maintenant une « question des Jésuites », qui se posait devant le Gouvernement et qu'il ne pourrait plus éluder. M. Guizot gérait les Affaires étrangères ; sans avoir le titre de président du conseil qu'il avait laissé au maréchal Soult, il n'en était pas moins « l'homme considérable, la personnification politique du cabinet »^. C'était lui le véritable chef du pouvoir. Il avait fait nommer ministre de la