‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 30 sur 382 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Fribourg n'appartenait pas, comme le Passage, etcomme plus tard Brugelette, à la Province de France; les Jésuites français n'y étaient pas chez eux, mais il faut bien reconnaître que c'est à eux qu'il dut son exceptionnelle fortune. Admis d'abord comme auxiliaires et presque comme réfugiés, ils y occupèrent bientôt par la force des choses la place principale et un rôle prépondérant. La partie française du personnel compta jusqu'à trente-ciuq et quarante religieux, prêtres pour la plupart.

Il y eut à Fribourg deux établissements bien distincts, le collège Saint-Michel et le Pensionnat. Le collège datait des premiers temps de la Compagnie. 11 avait été fondé en 1582 par le Bienheureux Pierre Ganisius dont il possède encore les reliques. Dès 1818, le gouvernement cantonal y rappela les Jésuites; leur enseignement, qui embrassait tout le cours traditionnel des études, jusqu'à la Théologie inclusivement, y attira bientôt de nombreux élèves ; mais selon l'usage ancien ceux qui venaient du dehors étaient obligés de se loger chez l'habitant. Les inconvénients de cet état de choses déterminèrent la construction, à proximité du collège, d'un vaste bâtiment où pourraient être reçus les écoliers étrangers à la ville. Ce fut l'origine du célèbre Pensionnat. La direction en fut confiée aux Jésuites, mais la propriété resta entièrement aux mains de lia société anonyme qui avait eu l'initiative et fait les frais de l'entreprise. 11 était bien entendu que les classes continuaient à se faire exclusivement au collège ; les pensionnaires devaient donc s'y rendre deux fois par jour. L'inauguration eut lieu le l**" octobre 1827. Le nombre des pensionnaires en cette année de début ne dépassa pas la trentaine; déjà quatre ou cinq Etats de l'Europe y étaient représentés. Mais, à la suite des Ordonnances du 16 juin, l'afflux des Français porta ce chiffre à près de quatre cents.

Cette invasion subite, partie de tous les points de la France, n'alla pas sans quelque trouble et quelques désordres. La turbulence française déconcertait les Pères,

presque tous suisses ou allemands. Il fallut recourir aux grands moyens. Le Père Galicet, nommé d'abord préfet, puis recteur du Pensionnat ', procéda tout d'abord à une épuration qui réduisit à deux cent quarante le nombre des pensionnaires. Mais la perte fut bientôt réparée, et le logis ne suflit plus à recevoir tous ceux qui s'y présentaient. En 1836 on ouvrit une succursale pour les plus jeunes enfants à Estavayer, sur le lac de Neuchatel, à cinq lieues de Fribourg. En ce temps-là le collège atteignait son apogée ; il compta jusqu'à 431 pensionnaires et 328 externes, au total 759 élèves. (1839.)

En raison du caractère international de la clientèle, l'enseignement fut dès l'origine divisé en deux sections parallèles, l'une allemande, l'autre française ; celle-ci de beaucoup la plus nombreuse, car elle était suivie par la plupart des étrangers. Au-dessus delà Rhétorique les élèves de toutes langues étaient réunis, car l'enseignement se donnait exclusivement en latin. Les cours comprenaient la Philosophie, les ^lathématiques, les Sciences naturelles, le Droit, l'Agronomie et enfin la Théologie pour ceux qui se destinaient à l'état ecclésiastique. En dehors des Universités romaines et des scolasticats des grands Ordres religieux, ce fut apparemment le dernier exemple de l'emploi du latin comme langue commune entre étudiants de nationalités différentes ^.

Les programmes du collège empruntés au Ratio studiorum ne faisaient aucune place aux arts d'agréments; mais le Pensionnat se chargeait de combler cette lacune. Le

I. Le Père Jean-Népomucène Galiez (Galicet était son nom francisé) était de nationalité polonaise, mais avait été versé dans la Province de France lors de l'expulsion de Russie. Il gouverna le Pensiennat de Fribourg d'abord avec le titre de préfet général, i8ag-i83o, puis avec celui de recteur, du g février i83i jusqu'à la fin de l'année scolaire iS^o.

•2. Lors de l'enquête pour la réforme du Ratio Sttidiorum en i83o, nous voyons que la Province de Germanie réclamait la faculté de donner, lingua vernacula, l'enseignement de l'Histoire, de la Géographie et des Sciences. (^Documenta Germaniae Paedagogica, XVI, p. 433.)

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