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dessin et la peinture y furent en honneur ; l'escrime, l'équitation et autres sports peut-être encore davantage; il n'y avait pas moins de dix-huit maîtres de musique attachés à l'établissement. Les concerts donnés par l'orchestre et la chorale faisaient le bonheur de la société fribourgeoise. « La musique militaire, composée de cinquante membres de choix, maîtres et élèves, en uniformes élégants, jouissait d'une réputation qui s'étendait au delà des frontières du canton. Aussi les jours de sortie, lorsque drapeau déployé, les élèves du Pensionnat, précédés d'un piquet de jeunes cavaliers, défilaient le long des vieux rempaits, pour se diriger vers la maison de campagne de Belfaux, toute la population se massait sur leurs pas, avide devoir la belle tenue de cette brillante jeunesse et non moins avide d'entendre les puissants accords de cette musique guerrière. Le poste de garde se mettait sous les armes, et faisait, au commandement, le salut militaire. La rentrée avait lieu dans les mêmes conditions, et c'est en faisant son chemin au pas cadencé, à travers la foule compacte que les rangs serrés arrivaient aux portes du Pensionnat <. »
Les raisons qui avaient fait plus ou moins proscrire des petits séminaires de France les divertissements scéniques ne pouvaient être invoquées à Fribourg. Le théâtre eut donc sa part assurée dans les fêtes du Pensionnat. On y jouait la tragédie, le drame, la comédie, voire même l'opéra, sans préjudice des innombrables séances dont les différentes Académies faisaient les frais. Les Archives des Provinces de Paris et de Lyon possèdent quantité de programmes imprimés de ces solennités scolaires, avec les noms des figurants. Beaucoup de nos contemporains y retrouveraient avec plaisir et peut-être non sans fierté celui d'un aïeul.
L'un des agréments les plus appréciés des pensionnaires de Fribourg, c'était la campagne de Belfaux, située à
I. I.e I.U're d'Or des élèi'es du Pensioruuit de Fribourg 1889. Précis historique, p. 36.
cinq kilomètre? de la ville, au pied d'une colline couverte de sapins qui lui avait fait donner le nom de château du Bois. Pendant la belle saison le Pensionnat s'y transportait le jeudi de chaque semaine pour la journée tout entière- Après plus d'un demi-siècle, des vieillards parlaient encore avec émotion de leurs ébats sous les beaux ombrages ou dans les eaux claires du bassin de Belfaux.
Les voyages de vacances furent, on peut le dire, une institution de Fribourg. On les organisa d'abord pour les élèves qui, en raison de l'éloignement, ne retournaient pas dans leurs familles à l'époque des vacances. Par la suite, d'autres, qui n'étaient pas dans ce cas, demandèrent à prendre part à ces expéditions. Les bandes étaient composées de douze à quinze enfants ou jeunes gens, sous la conduite dé deux Pères ; on allait sac au dos, en blouse blanche, et toujours à pied, sauf des exceptions très rares et de courte durée. Le voyage durait de sept à huit semaines. La Suisse, le Tyrol, la Bavière, la vallée du Rhin, l'Italie virent défiler chaque automne, pendantdes années, des petits bataillons de touristes qui étaient alors une nouveauté et qui, pour cela même, ont laissé leur trace dans les chroniques de l'époque.
Grâce à son Pensionnat, la ville et le petit Etat autonome de Fribourg avaient acquis une sorte de célébrité; c'était d'ailleurs une source appréciable de revenus pour un pays dépourvu d'industrie et sans autres ressources que celles d'une agriculture assez pauvre. C'était le temps où la misère obligeait une partie de la population du canton à émigreren France, en Allemagne et jusqu'en Amérique. Bois-le-Comte, ambassadeur de France à Berne, écrivait à son ministre : « Le collège des Jésuites est la vie même de Fribourg. Un libéral de cette ville me disait : Je n'aime pas les Jésuites, mais s'ils n'étaient pas ici l'herbe croîtrait dans nos rues. » (24 Mai 1847.) Cet état de choses, l'importance relative de l'établissement, et le caractère cosmopolite de sa clientèle expliquent une faveur accordée par le gouvernement au Pensionnat de Fribourg, savoir
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l'autorisation de battre monnaie pour son usage spécial ; c'est apparemment un fait unique dans l'histoire des collèges*.
Par ailleurs, nous voyons que l'autorité cantonale, toute sympathique et reconnaissante qu'elle fût envers les Jésuites, ne se faisait pas faute de leur susciter des embarras. Un de leurs prédicateurs, le Père Ferrand, ayant affirmé en chaire que tout pouvoir vient de Dieu et non pas de la volonté populaire, les susceptibilités démocratiques s'émurent et des réclamations officielles furent faites au recteur du collège. Le prédicateur présenta le manuscrit du discours incriminé; il fournit des explications rassurantes pour les idées philosophiques des magistrats; il n'avait fait qu'énoncer sommairement la doctrine de l'Eglise; de son côté l'évoque se portait garant de son orthodoxie; malgré tout Messieurs du Grand Conseil exigèrent le renvoi du Père Ferrand. Une autre fois c'était le Comité de l'Instruction publique qui prétendait modifier à son gré l'organisation de l'enseignement. Le collège, en effet, restait une institution d'État ^ ; les conseillers aspiraient à rajeunir programmes et méthodes. Au système de la classe avec professeur principal, ils eussent
I. Le Livre d'Or, etc. Précis historique, p. 36, Apparemment il s'agit là d'une monnaie fiduciaire, autrement dit de bons émis par la caisse du Pensionnat fonctionnant comme une banque. Il n'est pas vraisemblable que l'établissement ait jamais frappé de monnaie de métal.
a. Le collège de Fribourg vivait, selon l'usage antique, sur sa fondation. On lui avait attribué les biens de la Chartreuse de la Valsainte, dont le revenu devait pourvoir à l'entretien de trente religieux. L'Etat payait en outre quelques chaires. Quant au Pensionnat, il demeura toujours la propriété de la Société anonyme; les religieux qui y étaient employés étaient défrayés de tout, et la Société payait en outre pour chacun au Séminaire de la Province une demi-pension de 200 francs suisses, soit a8ç) francs de France.
Les Jésuites de Fribourg n'étaient donc guère en mesure de faire fortune; on ne leur en attribua pas moins de colossales richesses ; la prospérité de l'étaljlissement donnait une base apparente à la légende. C'est pour y répondre que parut une Ijrochure sous le titre : Les Jésuites de Fribourg accusés d'opulence et convaincus de pauvreté, par M. Esseiva, prêtre administrateur du collège, i834.
voulu substituer celui des cours indépendants les uns des autres, qui met sur le même pied toutes les matières d'enseignement. Il est curieux de constater que le bouleversement accompli chez nous en 1902, pour le plus grand dommage des études, hantait déjà, il y a quatre-vingts ans, le cerveau des hommes d'Etat du canton de Fribourg. De longs Mémoires furent échangés à ce propos entre le gouvernement et le collège. Inutile de dire que les Jésuites se refusèrent à entrer dans une voie qui allait au rebours de leurs traditions et qu'ils jugeaient calamiteuse.
Ces nuages n'altéraient pas la prospérité du Pensionnat; elle se soutint pendant près de vingt ans. Mais ce ne fut pas sans exciter de véritables fureurs chez les libéraux de France et les radicaux Suisses. M. Thiers s'oublia un jour jusqu'à qualifier de « mauvais Français » \es jeunes gens qui allaient chercher hors des frontières l'éducation chrétienne expulsée de Francei. L'outrage fut relevé par ceux à qui il s'adressait; mais, à vrai dire, ce n'était qu'une formule de polémique banale que personne ne prit au sérieux, pas même celui qui s'en servait. Dans un pays aussi profondément divisé que le nôtre, ces écarts de langage sont sans grande portée, car chacun est plus ou moins exposé à ne voir de bons Français (jue dans son parti. 11 est très vrai que la clientèle française de Fribourg appartenait dans son immense majorité au parti légitimiste. Le comte de Ghambord l'appelait « la pépinière de la fidélité ». C'était une manière d'être w bons Français », dont le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elle en valait une autre.
Les rancunes protestantes devaient aller plus loin. Il n'entre pas dans le cadre de notre Histoire de raconter
I. « ... II y a à Brugelelte et à Fribourg, je cite ces collèges parceque je sais ce qu'on y professe, il y a des établissements mauvais, dangereux pour tout citoyen qui doit vivre sous les lois de la France. Que des Suisses, des Belges envoient leurs enfants à Brugelette et à Fribourg, où on enseigne le mépris de nos lois et de notre gouvernement, à eux permis; mais je dis qu'on n'y fait pas de l>ons Français. .. » (Chambre des Députés. Séance du ay janvier i846.)