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CHAPITRE XI

Justice et des Cultes un de ses anciens collaborateurs de 1836, M. Martin du Nord. Leurs dispositions personnelles à l'un et à l'autre, aussi bien que l'orientation politi(|ue du cabinet, étaient plutôt favorables à la paix religieuse; mais il leur fallait, pour se maintenir, marcher d'accord avec une majorité pénétrée jusqu'aux moelles de l'esprit de 1830 et tenir tête à une opposition ardemment voltairienne et sectaire. Aussi parurent-ils toujours préoccupés d'arrêter ce qu'on appelait les empiétements du clergé et les progrès de son influence plutôt que de soutenir l'honneur et l'intérêt de la religion. Quant aux Jésuites, ils ne pouvaient s'attendre à voir des hommes d'Etat dépenser beaucoup d'énergie à défendre leur cause.

Nous avons vu déjà le Provincial de Paris se présenter dèsle mois d'avril à l'audience du ministre des Cultes. M; Martin du Nord faisait observer au Révérend Père que la chapelle delà rue des Postes était illégale parce que non autorisée; la maison comptaitplus de vingtpersonnes; autre illégalité. Le ministre demanda la liste des établissements,du personnel, desnovices, et onne crutpas devoirla refuser. Quelques semaines après, nouvelle audience; le Père deRavignan accompagnait cette fois le Provincial; le ministre leur déclara son embarras ; le cabinet s'attendait à subir un assaut au sujet des Jésuites. Le Père Boulanger, racontant l'entretien, déclare que M. Martin du Nord s'est montré très bienveillant, ce qui ne l'empêche pas d'ajouter que les maisons de la rue des Postes et de Saint- Acheul « courent de grands risques ». L'audience avait lieu le 17 mai; une circulaire ministérielle, datée de la veille, était adressée à tous les évêques de France pour leur rappeler la déclaration écrite, imposée par les Ordonnances de 1828 aux directeurs et professeurs des maisons d'éducation; le ministre voulait savoir s'il n'y avait pas dans les séminaires des membres de Cons-régrations non autorisées. Il ne s'en tenait pas là. L'évéque d'Angers s'étant permis en présence de ses prêtres réunis pour la

retraite pastorale de prononcer quelques paroles de sympathie à l'adresse des Jésuites, un avertissement partit du ministère; M. Martin du Nord exprimait au prélat son regret « d'un semblable langage », et lui recommandait d'éviter à l'avenir « toute manifestation de cette nature ». Quand l'archevêque de Paris prenait contre les Jésuites delà rue des Postes les mesures dont nous avons parlé, il pouvait affirmer que c'était pour leur en épargner de pires, car il avait reçu confidence des plaintes et des menaces du ministre. D'humeur peu combative et soucieux de se ménager avec tout le monde, l'honnête Garde des Sceaux aurait bien voulu voir les Jésuites exécutés par un autre, ou mieux encore les voir s'exécuter eux-mêmes, plutôt que d'être obligé de sévir en personne contre eux.

C'est à ce parti qu'il s'efForçait de les amener, en multipliant les assurances de son bon vouloir. Le Père de Ravignan ne mettait pas en doute sa sincérité : (.< Il faut véritablement être ici, écrivait-il au Père Général le 30 décembre, pour se former une juste idée des choses; il faut avoir causé plusieurs fois avec nos hommes publics, au milieu de leurs angoisses à notre sujet, pour comprendre toutes les difficultés de la situation. Deux fois pendant le court Avent de Rouen j'ai été mandé par le Garde des Sceaux et par le Directeur des Cultes à Paris. Tantôt c'est une chose, tantôt c'est une autre... Fermer nos chapelles, renvoyer nos novices, faire sortir de France tous nos théologiens, etc., etc. M. Isambert prépare un /iic/w/n qui met en émoi tout le Gouvernement ; c'est pitoyable, c'est misérable; mais c'est ainsi que nous vivons continuellement harcelés. »

La veille du jour où il écrivait cette note, le 29 décembre, le Père de Ravignan, chargé par ses Supérieurs de traiter des intérêts de son Ordre auprès des gouvernants, avait eu une entrevue avec M. Guizot. Celui qui était alors le véritable chef du pouvoir tenait en haute estime le conférencier de Notre-Dame ; on l'avait vu plusieurs fois parmi ses auditeurs ; la conversation fut ce qu'elle

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