‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 303 sur 382 · CHAPITRE XI T · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI T

trois cents novices. Autour de cette constatation impressionnante, l'orateur groupait un certain nombre de menus faits ramassés un peu partout et, avec sa virulence accoutumée, demandait compte au Gouvernement de ses complaisances illégales pour le parti prêtre.

Le ministre des Cultes, personnellement mis en cause, présenta une apologie qui n'avait rien de bien fier. Il commença par déclarer qu'il adoptait « tous les principes de M. Dupin ». Mais il pensait que l'application en devait être faite sans rigueur inutile. Ce qui importait, d'après lui, c'était de faire observer les Ordonnances qui interdisaient toute fonction d'enseignement aux membres des Congrégations religieuses. « Oui, affirmait M. ^Martin du Nord, il faut que les Congrégations religieuses soient exclues de l'enseignement, et elles le sont. » L'Université y veille en ce qui concerne les établissements soumis à son contrôle; pour les petits séminaires le Gouvernement n'a pas failli à son devoir. La preuve, la voilà : et le ministre donnait lecture de sa circulaire du 16 mai aux évéques. Quant aux maisons des Jésuites dont on lui reprochait de tolérer l'existence, il se bornait à répondre qu'elles avaient été tolérées avant lui, et qu'il ne lui paraissait pas d'une bonne politique de molester des gens dont personne n'avait à se plaindre. Aux alarmes dont M. Isambert s'était fait l'interprète, il opposait, non sans une pointe d'ironie, sa parfaite tranquillité : « Il y a deux cents prêtres environ, vivant en commun dans quelques maisons, et vous voulez que je m'en effraie. Vous voulez que je croie tout compromis parce qu'on ne les disperse point! Ce serait leur donner une importance qu'ils n'ont pas; ce serait donner aux actes du Gouvernement un air de persécution qu'ils ne doivent pas avoir. Il suffit que je veille et que je sois disposé fermement à faire exécuter les lois dès que le besoin s'en fera sentir. »

Cette déclaration d'une fermeté relative, qui d'ailleurs n'engageait à rien, écarta pour le moment le danger que les Jésuites s'attendaient à voir fondre sur leur tête. La

Chambre voulut bien les laisser jouir de la tolérance un peu dédaigneuse d'un ministre qui les considérait comme quantité négligeable. Mais il reste de cet incident que, à la première annonce que l'enseignement pouvait devenir libre, c'est vers les Jésuites que se portent les préoccupations du monde parlementaire. Désormais ils ne quitteront guère la scène, et tant que la prétendue loi de liberté sera à l'ordre du jour de l'une ou de l'autre Chambre, l'obsession du Jésuite hantera l'Assemblée et planera sur ses délibérations.

Le projet de loi fut déposé sur le bureau de la Chambre des Pairs le 2 février. C'était l'œuvre de M. Villemain. Celui de 1841 portait des atteintes trop peu mesurées à la situation des petits séminaires; il avait échoué devant les protestations énergiques de l'épiscopat. Cette fois, les pépinières destinées au recrutement du clergé n'étaient plus soumises au contrôle universitaire, on se contentait de les parquer étroitement dans leur spécialité. Mais par ailleurs tout y semblait combiné pour consacrer et affermir le monopole sous l'enseigne de la liberté. Plus d'autorisation préalable; théoriquement tout Français jouissant de ses droits civils peut ouvrir un établissement d'instruction secondaire; c'est l'article premier. Mais un autre article énumère les pièces à produire, les grades et les certificats dont il faut être pourvu; c'est un luxe de précautions telles et calculées de telle sorte que la naissance et la vie de l'établissement sont en définitive à la merci des autorités universitaires. Parmi les conditions à remplir figure en bonne place la déclaration « par écrit et signée » que l'on n'appartient point à une Congrégation religieuse non reconnue par l'Etat.

On peut d'ailleurs affirmer, sans crainte de s'avancer trop, que c'était là une des dispositions essentielles de la loi, et celle vraisemblablement sur laquelle son auteur

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