‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 304 sur 382 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

était le moins disposé à transiger. Quant à son but, la feuille gouvernementale et universitaire par excellence, le Journal des Débats se chargeait de le préciser: « On sait, dit-il, que la loi présentée par M. Villemain interdit aux membres des Congrégations non reconnues et non autorisées par l'État de s'immiscer dans l'enseignement. Tranchons le mot, il s'agit des Jésuites. On ne veut pas que, quinze ans après la Révolution de Juillet, les Jésuites renouvellent des entreprises auxquelles la Restauration elle-même se crut obligée de mettre un terme'. » Et le bon apôtre conclut en engageant les Jésuites à se l'aire reconnaître par l'Etat.

Si M. Villemain avait espéré acheter l'approbation ou tout au moins le silence de l'épiscopat, en lui laissant l'autorité sur les petits séminaires, il ne tarda pas à être détrompé. On a vu que, à ce moment-là même, son collègue des Cultes se plaignait fort des évêques qui compromettaient la dignité de leur caractère en écrivant dans les journaux ; à son avis ils devaient réserver pour lui seul l'expression de leurs doléances et de leurs désirs. Mais il eut bien autrement sujet de gémir quand le projet de loi fut venu à leur connaissance. Ce fut alors comme une traînée de poudre. En l'espace de quelques semaines l'épiscopat renouvela d'une voix unanime les réclamations et protestations que quelques-uns de ses membres avaient déjà fait entendre au cours de l'année précédente. Dans la plupart des provinces ecclésiastiques elles prirent la forme solennelle d'une lettre collective signée du métropolitain et de ses suffragants. Plusieurs de ces documents sont fort étendus et la question de la liberté d'enseignement y est traitée au point de vue doctrinal. Généralement les prélats s'adressent au Roi, aux ministres, aux Chambres ; ils prennent le ton respectueux et ferme des Remontrances du clergé sous l'ancien régime; ils ne semblent pas vouloir porter la cause devant

I. Cité parl'^mi de la Religion, i avril i844. T. CXXI, p. 8.

le tribunal de ropinion; mais souvent, par suite d'une indiscrétion, consentie ou non, une copie arrive au bureau d'un journal qui s'empresse de la publier.

C'est ce qui arriva tout d'abord pour le Mémoire au Roi rédigé par Mgr Affre et adopté par tous les évéques de la province de Paris. Le Mémoire confidentiel se trouva, on ne sait comment, inséré dans V Univers du 6 mars. La situation de son auteur, ses habitudes bien connues de modération dans les rapports avec le pouvoir donnaient à sa parole en cette circonstance un poids exceptionnel. L'archevêque de Paris dénonçait l'enseignement universitaire avec toute la liberté et la vigueur du langage apostolique ; le livre du Monopole^ si sévèrement blâmé par le prélat quelques mois auparavant pour son manque de mesure, ne contenait peut-être en réalité rien de plus fort ' .

I. Voici quelques passages du Mémoire; ils sont dans le Ion moyen des documents épiscopaux qui parurent alors sur le même sujet; il y en a de plus vifs : « En trois ans les défenseurs du monopole ont fait perdre au gouvernement tout le terrain acquis par dix années de luttes, de prudence et d habileté. — Depuis i83o, les professeurs se sont cru tout permis en fait de doctrine religieuse... Tous les jours des ouvrages hostiles à la religion sont lancés dans le monde studieux. Ils le sont ordinairement par des professeurs de collèges ou par de plus hauts fonctionnaires encore. Que fait l'Université? Elle prend ces ouvrages sous sa protection, elle les approuve, elle les recommande, elle va jusqu'à les imposer, et les convertissant en livres classiques, elle assure à la fois et d'un seul coup la fortune des auteurs et la perversion des lecteurs. »

Nous demandons que l'Université « fasse justice des hommes et des livres qui pervertissent en son nom et de la manière la plus flagrante la jeunesse catholique de France ». On reproche aux évoques de Irouljler le pays par leurs réclamations : a Les évéques, si l'on veut, ont fait le bruit, mais l'Université a fait le mal. Les évéques se seraient tus si l'autorité des pères de famille et la foi des jeunes générations avait été respectée. — Nous ne parlerons même "lAxxs de nos petits séminaires, parce que la question n'est plus là aujourd'hui. Elle y était encore, il y a trois ans, elle n'était même que là pour nous. Aujourd'hui nous sommes obligés de regarder plus loin et de demander davantage. — Aujourd'hui nous connaissons mieux l'Université... L'Université^ qu'elle le veuille ou qu'elle ne le veuille pas, qu'elle le sache ou qu'elle l'ignore, n'a jamais eu et a moins que jamais la conhance des catholiques et de l'épiscopat. Le moins qu'on eu puisse dire, c'est qu'elle est un vaisseau sans gouvernail, flottant à tout vent de doctrine... » Le Mémoire se termine sur ce mot cinglant : « Nous pouvons paraître un embarras à la royauté pour le présent, m.ais dans l'Université sont tous les périls de l'avenir. »

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