‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 310 sur 382 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

vertus de cette Congrégation ; mais elle aura quelque peine à ne pas céder aux suggestions de l'orgueil, tellement est grande la place qu'elle a occupée dans nos débats. »

La Compagnie de Jésus n'avait pas lieu de s'enorgueillir beaucoup d'avoir tant occupé les « nobles Pairs », et elle se fût bien passée de cet honneur qu'on lui fit payer au prix d'un déluge d'avanies. Au reste il semble bien aussi que, pour l'honneur même de la Haute Chambre, il eût mieux valu qu'elle s'étendît moins sur ce sujet. Il est attristant de voir des hommes graves et respectables par leur caractère se faire l'écho de sots préjugés, de calomnies grossières, d'accusations invraisemblables; le nom de Jésuite a suffi pour brouiller dans leur esprit les règles ordinaires des jugements humains. Quiconque parcourra sans parti pris les interminables comptes rendus du Moniteiu- aura peine à partager l'appréciation de M. Thureau-Dangin sur le « remarquable épisode parlementaire )) ; tout au moins regrettera-t-il que les Jésuites y tiennent trop de place.

On n'y trouve pas moins de trente-cinq à quarante discours où l'inévitable question est abordée de façon plus ou moins explicite ; quelques-uns lui sont consacrés presque intégralement. Douze à quinze orateurs chargent contre la « Congrégation détestée », avec ou sans ménagement; un seul se lève ouvertement en sa faveur ; quelques autres la défendent timidement, de biais pour ainsi dire, en s'excusant et en prenant bien soin de déclarer qu'ils n'ont pas de sympathie pour l'Ordre de Loyola. Nous ne pouvons songer à faire connaître, même en la résumant, toute cette production oratoire. Mais les noms des « nobles Pairs » ont leur place marquée dans notre Histoire ; la Compagnie de Jésus doit garder le souvenir de ceux qui lui firent ou lui voulurent beaucoup de mal, pour remplir à leur égard le précepte évangélique, tout aussi bien que de ceux qui lui furent secourables et qui méritent sa reconnaissance.

Dans la première liste, la plus longue, figurent MM. Cousin, Villemain, Rossi, Portalis, Kératry, Charles Dupin, Viennet, Bourdeau, Mérilhou, etc. Dans la seconde, après le comte de Montalembert, classé à part, MM. Beugnot, de Barthélémy, de Boissy, de Gabriac, d'Harcoiirt, etc. Nous cueillerons dans les colonnes du Moniteur quelques citations caractéristiques de ces trop nombreux discours . On y chercherait vainement des aperçus nouveaux; le sujet n'en comporte guère ; mais ils révèlent l'état d'âme de personnages politiques des plus considérables de la jMonarchie de Juillet, et à ce point de vue ils ne sont pas sans intérêt même pour l'histoire en général.

Ce fut M. Cousin qui le premier prit la parole dans le mémorable débat de 1844. Il ne s'agissait encore que de la discussion générale et il venait faire l'apologie de l'Université et de l'enseignement philosophique dont il était plus que le représentant. Il resta à la tribune la séance tout entière, trois heures d'horloge. Mais il n'y était pas depuis cinq minutes que déjà il fonçait sur les Jésuites avec une furie qui n'avait rien de philosophique. « On fait sourire ou frémir, dit-il, ceux qui ont quelque connaissance de ces matières en parlant du génie des Jésuites pour l'éducation. » Leur système était « radicalement vicieux », parce qu' « il appuyait la chaire au confessionnal... » Puis M. Cousin esquisse leur histoire dans un morceau de rhétorique supérieure, où il met en parallèle l'Oratoire, mais où il n'hésite pas à affirmer, sur des faits matériels, précisément le contraire de la vérité '.

A la séance suivante, bien que l'ordre du jour ne fît en aucune façon mention des Jésuites, le comte Alexis de

I. Chambre des Pairs. Séance du 22 avril iSi'i. — D'après M. Cousin Henri IV consentit bien à rétablir les Jésuites, pour ne pas être assassiné par eux, « mais jamais il ne leur rendit l'enseignement ». Or, sans parler des autres collèges, Henri IV donna aux Jésuites sa propre maison de La Flèche pour y ouvrir le collège qui allait bien vite devenir l'un des plus importants du royaume. On sait que, d'après la volonté d'Henri IV lui-même, son cœur fut remis à la garde des Jésuites de La Flèche.

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