‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 311 sur 382 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Saint-Priest éprouva, lui aussi, le besoin de leur consacrer une longue dissertation historique, où il condensa la substance du livre que nous connaissons déjà. Nous avons cité plus haut la péroraison du discours qui résume si bien la pensée de l'orateur qu'il l'a reproduite au frontispisce de son livre'.

Vint ensuite le baron Charles Dupin^. Comme son frère aîné, il avait sucé le lait aigre du jansénisme parlementaire. Aussi la haine du Jésuite apparaît-elle chez lui avec les caractères d'une affection morbide transmise par hérédité. Une première fois il avait exprimé ses sentiments dans un langage qui gardait encore quelque mesure. Mais quand il vit Montalembert parler des Jésuites autrement que pour les maudire et la Chambre l'écouter en silence, il ne lui fut possible de se contenir. Les expressions lui manquent pour traduire ce qu'il éprouve. Il voit « un danger terrible dans cet état d'esprit qui permet l'apologie des Jésuites ». Avec des accents tragiques, il évoque les souvenirs de la Restauration, Saint- Acheul, Montrouge, la Congrégation : « Auriez-vous oublié déjà l'école tristement fameuse qu'ils fondèrent près d'Amiens...; cette congrégation de jeunes adeptes audacieux, intrigants, tous ces Jésuites de robe courte qui s'affiliaient à des pratiques si favorables à leur ambition, à leur zèle hypocrite?... Les Jésuites, voilà le mal intérieur qui vous travaille, le mal qui mène le Gouvernement, qui fatigue le ministère, qui l'attaque sous mille formes diverses... » Il en appelle à Pascal, aux Bourbons, aux Parlements et enfin à M. de Saint-Priest; il vient de lire son livre, et il voit « très bien que le pieux Ganganelli a été empoisonné par les Jésuites ». La diatribe se termine par une révélation sensationnelle et une adjuration aux gardiens de la chose publique : « Voyez, dit-il, quelle est

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