‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 321 sur 382 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

l'Eglise ; mais je n'hésite pas à dire que les ennemis de l'Église sont toujours et avant tout adversaires des Jésuites. C'est toujours sur eux que portent les premiers coups, et c'est là ce qui les désigne à l'estime et à la confiance des catholiques, comme une avant-garde et un des corps d'élite de l'Eglise... C'est là, s'il faut le dire, ce qui m'a moi-même converti ; car moi aussi j'ai eu besoin d'être converti aux Jésuites. Quand j'étais élève de l'Université, sous la Restauration, quand je suivais les cours de MM. Villemain et Cousin à la Sorbonne, moi aussi je criais contre les Jésuites; mais quand je suis entré dans la pratique des choses, quand j'ai vu dans le monde et dans l'Histoire que, dans tous les pays, depuis le Paraguay jusqu'en Sibérie, tous les persécuteurs de l'Eglise, depuis Pombal jusqu'à l'empereur de Russie, tous les degrés de l'erreur, depuis l'athéisme jusqu'au jansénisme, étaient tous d'accord contre les Jésuites, conspiraient tous ensemble et partout leur ruine et leur proscription, quand j'ai reconnu dans la lutte religieuse de nos jours les mêmes symptômes sur une moindre échelle, oh! alors, me suis-je dit, il faut qu'il y ait dans ces hommeslà quelque chose de sacré et de mystérieux qui explique et motive cette merveilleuse union d'inimitiés si diverses. Il faut qu'il y ait dans cet instinct de la haine toujours si clairvoyant quelque chose qui indique que c'est par là qu'on arrive au cœur même de l'Eglise. Voilà pourquoi je suis devenu le partisan et l'admirateur des Jésuites après avoir été leur adversaire '. »

Assurément c'était là un langage que l'on n'était pas accoutumé à entendre dans une assemblée politique française, et l'on comprend que celui qu'on appelait « le jeune Pair » se fît écouter de ses collègues, et même du Président, le Chancelier Pasquier que, d'après le compte rendu des journaux, l'éloquence de M. Cousin n'empêchait pas de dormir.

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