‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 322 sur 382 · I . chambre des Pairs. Séance du 8 mai i · texte numérisé non relu

I . chambre des Pairs. Séance du 8 mai i

598 LA COMPAGiNIE DE JESUS

L'article relatif au certificat d'études ayant encore concentré sur les Jésuites toute l'attention de la Chambre des Pairs, Montalembert ne pouvait se dispenser d'intervenir une fois de plus. M. Persil avait, comme nous l'avons dit, confessé assez ingénument que la mesure avait pour but d'écarter des examens les élèves de Fribourg et de Brugelette. Montalembert prend acte de l'aveu. « Le grand argument du certificat, dit-il, c'est donc la peur des Jésuites. Eh bien ! Messieurs, j'avoue que je ne conçois pas .une peur semblable dans un pays qui a deux Chambres, trois ou quatre cents journaux, qui a toutes les ressources de la publicité, de la légalité, de toutes les libertés dont on dit que nous jouissons, contre cette malheureuse corporation qui effraie tant, et à l'existence de laquelle l'honorable M. Persil se croit autorisé à attribuer toutes les variations, toutes les modifications et toutes les décisions du ministère actuel en ce qui concerne l'enseignement. J'ajouterai que, si vous êtes obligés à mettre ainsi le verrou sur votre porte, pour empêcher l'émigration de la grande majorité de la jeunesse française, si vous croyez vraiment que les Jésuites inspirent une telle confiance au peuple français que vous êtes obligés d'avoir recours à cette mesure vexatoire du certificat d'études pour empêcher les parents de rechercher l'enseignement chez les Jésuites, tout ce qui se passe dans cette enceinte démontre de la manière la plus évidente combien est grande la peur, la frayeur, la terreur qu'inspirent les Jésuites. »

« M. le duc de Coigny. — C'est de l'horreur et non de la peur. » [Le Moniteur, loc. cit.)

Le noble duc forçait la note ; vieux soldat de Napoléon, il maniait mieux l'épée que la parole. Montalembert avait trouvé le mot juste, et, parce qu'il était juste, il avait porté; on le vit à l'insistance avec laquelle, pendant les dix jours que dura encore le débat, plusieurs membres de la Haute Chambre vinrent protester qu'ils n'avaient pas peur des Jésuites. En réalité la peur des Jésuites, avec des degrés et des nuances, possédait les « nobles Pairs » à peu près

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