CHAPITRE XI
sans exception. Ceux mêmes qui combattaient les mesures vexatoires pour les Congrégations religieuses, sauf de très rares exceptions, n'en étaient pas exempts.
Entre tous, se distinguait le comte Beugnot. Président de la Cour royale, il avait rendu contre les Jésuites l'arrêt mémorable de 182(3. Maintenant il était plutôt leur ami. Après avoir raconté sa propre « conversion aux Jésuites », Montalembert ajoutait : « Grâce au ciel, je ne suis pas le seul qui ait suivi cette voie. » Et il nommait l'ancien ministre des Ordonnances, Vatimesnil, et le comte Beugnot, « aujourd'hui vice-président de la Chambre des Pairs ». C'est lui qui, avec l'autorité que lui donnait son passé, osa rappeler ses collègues à la franchise. En 1828, leur disait-il, vous savez bien ce que nous poursuivions en ayant l'air de poursuivre les Jésuites. Ce nom nous servait à justifier notre opposition à un Gouvernement qui ne nous plaisait pas. « Si les Jésuites nous avaient manqué, nous aurions trouvé autre chose... Aujourd'hui ce qu'on entend par Jésuite, c'est la concurrence à l'Université, au monopole de l'Université. » Dans tout le cours du débat, le comte Beugnot ne cessa de réclamer énergiquement pour les Congrégations religieuses leur part des libertés publiques ; il se posa en défenseur des Jésuites eux-mêmes ; mais, jusque dans sa manière de les défendre, on voit qu'il éprouve le besoin de calmer la peur des autres et peutêtre la sienne. Tranquillisons-nous, répète-t-il, « les Jésuites ne renaîtront pas en France, ni ailleurs. Il pourra y avoir quelques établissements, quelques personnes qui porteront ce nom; mais dire que nous verrons la Compagnie de Jésus reprendre une influence quelconque, soit politique, soit religieuse, non, cela n'est pas possible ^ » Le duc d'Harcourt proposa et soutint, avec beaucoup de verve, un amendement qui supprimait la déclaration, mais il eut grand soin de protester au préalable qu'il n'avait aucune tendresse pour les Jésuites et les Congrégations