CHAPITRE II
I, — Fondation de Brugeletle. Les plans d'études de 1889. M. Cousin et le Ratio Studiorum. Les vingt années de Brugelelte. Les collèges de Chambéry, de Mélam, de Brigue, de Sion.
II. — A Fribourg : Le P. Galicet, recteur. Le P. Barrelle, préfet. Les PP. Labonde et Jeantier, directeurs des Congrégations. Le « héros de la Sonora ». Le P. Delvaux, recteur à Brugeletle. Le P. Louis Lambillotte; son œuvre musicale.
III. — Les Jésuites dispersés après i83o. Les PP. Varin, Ronsin, Gloriot, Sellier. Le P. Guyon et la Mission de Chambéry. Le P. Besnoin à Blois. Vexations et tracasseries.
IV. — Les Jésuites à Lyon. La légende du trésor caché. Le Provincial de France s'établit à Lyon. Fondation de la résidence i^"" mars i83a. La maison de la rue du Puits-d'Ainay. Les Jésuites à Toulouse. Le Cardinal de Clermont-Tonnerre. Fondation de la résidence, novembre i832. Fondation de Lalouvesc. Le pèlerinage avant l'arrivée des Jésuites. L'abbé Terme. Le P. Sellier à Lalouvesc. Le P. Guillermet. La châsse de saint François Régis.
V. — L'AtTaire de Prague. M. Barrande et le duc de Bordeaux. Le baron de Damas, gouverneur du jeune prince. Négociation du marquis de Foresta à Rome. Le P. Druilhet appelé mystérieusement à Chambéry. Il reçoit commission de se rendre à Prague. Le P. Etienne Déplace. Instructions du P. Général pour les Pères chargés de l'éducation de l'héritier du trône. Les appréhensions du P. Druilhet. Le P. Déplace et le duc de Bordeaux. Intrigues de la «jeune France ». Cliarles X accorde le renvoi des Jésuites. Le baron de Damas se retire. Témoignages de satisfaction et de regret donnés aux Pères par le Roi et le jeune prince.
Au moment où l'Espagne repoussait les Jésuites français, ils se voyaient appelés en Belgique. Le collège du Passage était fermé au mois de juillet 1834; celui de Brugeletle s'ouvrait l'année suivante. L'initiative de cette
création revient à quelques pères de famille de la région du Nord qui, depuis la fermeture de Saint-Acheul, regrettaient pourleurs lils les maîtres de leur choix. A leur tête étaient le baron de Lépine, qui avait vaillamment défendu les Jésuites à la Chambre des Députés en 1828, M. Gharvet et surtout M. Dubois-Fournier, de Valenciennes^ A la distance où nous sommes des événements, il n'y a plus à craindre d'effaroucher aucune susceptibilité en citant les noms de ces hommes de bien, et leurs descendants seront peut-être heureux de les retrouver dans cette Histoire. Ils formèrent une société civile, réunirent des fonds, et munis de l'agrément de Tévéque de Tournai, se rendirent acquéreurs d'un vieux couvent, presque abandonné, situé près du bourg de Brugelette, à peu de distance de la ville d'Ath. On n'était pas éloigné de .plus de cinq à six lieues de la frontière française. La propriété fut payée 72.000 francs ; il en fallut au moins autant pour rendre les locaux habitables, La Société loua l'immeuble aux Jésuites moyennant le 4 °/o des capitaux engagés. — « Si l'œuvre réussit, disait M. Dubois-Fournier pour attirer les souscripteurs, vous aurez 20 7o de revenu : 4 "/o ^n ce monde et le surplus dans l'autre. »
I. Cf. Un Patriarche : Vie de M. Dubois-Fournier, i768-184i, par le P. Paul Dubois-Fournier, son fils, de la Compagnie de Jésus. Lille, Berges. M. Dubois-Fournier avait coutume d'aller tous les ans faire une retraite à Saint-Acheul. « En 1828, lisons-nous dans \& Notice préliminaire, il s'y rendit avec sa femme qui portait son nouveau-né, et se mettant à genoux devant les Pères réunis : « Bénissez-nous, mes Pères leur dit-il, et inscrivez cet enfant pour votre futur collège. » Ce collège, c'est lui qui devait l'ouvrir. L'enfant inscrit ainsi le premier pour Brugelette est l'auteur même de ce récit. » (Vie..,, p. io4.)
M. Dubois-Fournier fut père de vingt et un enfants, dix d'un premier mariage, et onze du second. Trois de ses lils, Louis, Paul et Léon entrèrent dans la Compagnie de Jésus; un quatrième fut prêtre séculier et curé. Dès les premières pages du livre, on trouve la note suivante : « Aujourd'hui, 8 décembre 1898, les rejetons de M. Dubois-Fournier, mort en i844> sont au nombre de /197, y compris 90 conjoints de ses descendants. » On peut voir en appendice, à la tin du volume, le tableau généalogique de toute celte postérité. On y compte 29 prêtres, religieux et religieuses.
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Le nouveau collège hérita tle ce qui restait encore à Saint- Acheul du mobilier scolaire après le pillage de 1830. Les classes furent inaugurées le 29 Octobre 1835, avec une cinquantaine d'élèves ; malgré ce petit nombre, seules la Philosophie et les Sciences ne furent pas enseignées dés la première année. Au reste, le succès fut rapide; dès 1840, on atteignait le chiffre de 350 pensionnaires; les prévisions du début étaient dépassées et il fallut entreprendre de nouvelles constructions.
Les Jésuites français avaient fondé Brugelette pour des élèves français; ils devaient éviter de faire concurrence à leurs confrères de la Province de Belgique sur leur propre territoire ; c'est pourquoi ils s'étaient engagés à ne pas admettre d'enfants de familles belges, sinon en fort petit nombre, et quand il serait moralement impossible de les refuser; on avait même fixé un maximum de vingt-cinq. A tort ou à raison, l'éducation française exerçait un certain prestige sur beaucoup de familles belges et des meilleures. De là des sollicitations, des instances, renforcées d'interventions devant lesquelles les Supérieurs de Brugelette se virent souvent contraints de céder. Le contingent belge dépassa presque toujours le maximum convenu. Il en résulta — pourquoi ne pas le dire ? — quelques froissements. Nous en trouvons la trace dans les correspondances échangées entre Rome et la Belgique, mais on y trouve aussi la preuve que, après déloyales explications, ces petites querelles s'apaisaient et que jamais la charité fraternelle n'en fut troublée sérieusement. Au reste les difficultés vinrent plutôt de quelques amis belges des Jésuites français pour lesquels ils prenaient fait et cause avec un peu trop de chaleur, à l'encontre même de leurs compatriotes. Au nombre de ces amis dévoués presque jusqu'à l'excès, la Province française a conservé avec une impérissable reconnaissance les noms du baron de Sécus et du pvince de Ligne, ce dernier ancien élève de Saint- Acheul.
Les Pères de Brugelette publièrent en 1839 un plan
d'études qui accuse un progrès appréciable sur celui qui avaitété suivi dans les petits séminaires de la Restauration, Le tassement est fait ; les disciplines nouvelles ont conquis leur place ; la distribution des matières d'enseignement est désormais réglée de façon à donner satisfaction aux exigences modernes tout en sauvegardant la culture traditionnelle. De fait, c'est le programme de Brugelette qui sera appliqué par les Jésuites français à partir de la loi de 1850 jusqu'au jour où la persécution les exclura une fois de ])lus du droit commun. L'enseignement du collège est partagé en trois cours : le Cours préparatoire^ le Cours des Lettres et le Cours des Sciences ou Supérieur. Le Cours préparatoire dure une ou plusieurs années consacrées à l'étude de la langue française et autres connaissances élémentaires. Le Cours des Lettres comprend trois ou plutôt quatre années de Grammaire, suivies d'une année d'Humanités, le tout couronné par la Rhétorique. Le français, le latin et le grec forment alors la base de l'enseignement; on apprend l'arithmétique dans les classes inférieures, l'algèbre en Humanités, la géométrie en Rhétorique; l'Histoire et la Géographie sont réparties entre toutes les classes. Enfin le Cours Supérieur comprend deux années partagées entre la Philosophie et les Sciences. Le programme de Brugelette comportait une troisième année facultative où l'on complétait et perfectionnait les études précédentes.
Moins d'un an après, M. Cousin, pendant un court passage au ministère de l'Instruction publique, exécutait dans les programmes universitaires une de ces petites révolutions qui devaient s'y renouveler si souvent dans la suite. Grétineau-Joly pense que c'est le plan d'études de Brugelette qui lui en suggéra l'idée; pour mieux dire, en le « cachant sous des mots plus sonores », il l'aurait « donné comme étant son œuvre »... A part un « léger changement, qui fut peut-être un calcul, le projet de M. Cousin est servilement celui des Jésuites ».
Il y a ici une confusion. Ce n'est pas le plan de Brugelette