‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 333 sur 382 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

et réfugié hors d'Italie à cause de ses opinions libérales, l'envoi de M. Rossi ne pouvait manquer de frapper, je dirai plus, d'inquiéter la cour de Rome; mais il y a des inquiétudes salutaires, et je savais M. Rossi très propre à calmer celles qu'il devait inspirer en même temps qu'à en profiter pour le succès de sa mission. »

Sous une forme atténuée ce langage renferme un aveu qu'il faut s'abstenir de qualifier, car le mot juste est de ceux qu'on n'emploie pas avec des diplomates. ^Nlanifestement M. Guizot estime qu'on n'est pas tenu vis-à-vis du Pape aux mêmes égards qu'envers les autres puissances souveraines; on n'a pas besoin défaire agréer le plénipotentiaire qu'on lui envoie; il est vrai que ce n'est pas un ambassadeur ; au surplus on est décidé à employer l'intimidation et à lui forcer la main.

Parti de France sur la fin de 1844, M. Rossi visita d'abord ses amis d'Italie et n'arriva à Rome que dans le courant de mars 1845. Il y reçut des instructions de M. Guizot, que l'on peut consulter aux archives du ministère des Affaires étrangères \ C'est dans ce document et quelques autres semblables dont il sera question plus tard, mieux que dans des discours à la tribune et surtout mieux que dans des conversations avec tels de ses membres, que la Compagnie de Jésus apprendra quels furent les sentiments

I . M. Guizot a inséré dans ses Mémoires la partie de ses instructions à M. Rossi relatives aux Jésuites. L'histoire de la négociation, d'après la correspondance échangée entre le ministre des Affaires étrangères et l'envoyé extraordinaire, remplit plus de cinquante pages dans le dernier chapitre des Mémoires. On verra par la suite de notre récit que celte histoire est loin de présenter les faits d'une manière exacte et complète, M. Guizot ne fait état que des renseignements fournis par Rossi; apparemment il n'a pas eu d'autre source d'information. C'est donc à vrai dire l'histoire de la négociation faite par le négociateur. Or, il y a deux choses qui ne permettent d'accorder aux dires de M. Rossi qu'une conliance fort limitée : d'une part, son amour-propre qui lui fait s'attribuer le beau rôle et le succès en tout ce qu'il entreprend, et, d'autre part, ses préjugés et sa haine contre les Jésuites qui lui font ajouter foi à de véritables calembredaines. M. Guizot a eu le bon goût d'en élaguer quelques-unes que l'on trouve dans les dépêches olBcielles, et qu'on n'y trouve pas sans étonnement.

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de M. Guizot à son égard et quels titres il a acquis à sa reconnaissance.

Après quelques préambules où s'affirment les bonnes relations du Roi et de son gouvernement avec le Saint- Siège, M. Guizot poursuit :

« Une occasion grave se présente aujourd'hui de réclamer le concours bienveillant du Souverain Pontife, et c'est le premier comme le plus important objet de la mission temporaire dont vous êtes chargé.

« La Société des Jésuites, contrairement aux édits qui l'ont spécialement abolie en France et aux lois qui prohibent les Congrégations religieuses non reconnues par l'État, a travaillé depuis quelque temps à ressaisir une existence patente et avérée. Les Jésuites se proclament hautement eux-mêmes ; ils parlent et agissent comme Jésuites ; ils possèdent dans le royaume, au su de tout le monde, des maisons de noviciat, des chapelles, une organisation à part. Ils y forment une corporation distincte du clergé séculier, observant des règles particulières, un mode de vivre spécial, et obéissant à un chef étranger qui réside hors de France.

« Il y a là, d'une part, une violation évidente des lois de l'Etat et de celles qui constituent la discipline de l'Eglise gallicane ; d'autre part, un danger pressant et grave pour l'Etat et pour la religion même.

« Les Jésuites n'ont jamais été populaires en France. La Restauration, après les avoir tolérés quelque temps, a été obligée de sévir contre eux par les Ordonnances du 16 juin 1828. Un cri à peu près universel s'élevait contre eux d'un bout à l'autre du royaume, et la mesure qui fermait leurs collèges et les excluait de l'enseignement public fut accueillie avec joie et reconnaissance.

« Aujourd'hui les mêmes plaintes éclatent, encore plus nombreuses et plus vives. Le public s'émeut, s'inquiète et s'irrite à l'idée de l'hostilité invétérée et active des Jésuites pour nos institutions. On les accuse de s'immiscer toujours dans la politique, et de s'associer aux projets et

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