CHAPITRE XII
aux menées des factions qui s'agitent encore autour de nous. On leur attribue les plus violentes et les plus inconvenantes des attaques auxquelles l'Université a été en butte dans ces derniers temps. On redoute de voir le clergé ordinaire entraîné ou intimidé par leur influence. Les grands corps de l'État, les Chambres, la magistrature partagent ces dispositions et ces craintes. Et cet état des «sprits est devenu si général, si pressant, et pourrait devenir si grave que le Gouvernement du Roi regarde comme un devoir impérieux pour lui de prendre les faits qui en sont la cause en très grande considération, et d'y apporter un remède efficace.
« Il lui suffirait, pour donner satisfaction à l'esprit public, de faire strictement observer les lois existantes contre les Jésuites en particulier, et généralement contre les Congrégations religieuses non autorisées dans le royaume. Ces lois sont toujours en vigueur; elles assurent au Gouvernement tous les moyens d'action nécessaires, et les Chambres seraient bien plus disposées à les fortifier qu'à en rien retrancher. Mais le Gouvernement du Roi, fidèle à l'esprit de modération qui règle toute sa conduite, plein de respect pour l'Eglise et soigneux de lui «viter toute situation critique et toute lutte extrême, préfère et désire sincèrement atteindre, par une entente amicale avec le Saint-Siège et au moyen d'un loyal concours de sa part, le but qu'il est de son devoir de poursuivre.
« C'est là. Monsieur, ce que vous devez annoncer et demander au Saint-Siège, en le pressant d'user sans retard de son influence et de son pouvoir pour que les Jésuites ferment leurs maisons de noviciat et leurs autres établissements en France, cessent d'y former un corps, €t, s'ils veulent continuer d'y résider, n'y vivent plus désormais qu'à l'état de simples prêtres, soumis, comme tous les membres du clergé inférieur, à la juridiction des évêques et des curés. La cour de Rome, en agissant ainsi, n'aura jamais fait de la suprême autorité pontificale un
usage plus opportun, plus prévoyant, et plus conforme à l'esprit de cette haute et tutélaire mission qui appelle le successeur de saint Pierre à dénouer, par l'intervention de sa sagesse, ou à extirper, par l'ascendant de sa puissance spirituelle, les graves difficultés qui, dans les moments de crise ou d'urgence, pourraient devenir pour l'ordre ecclésiastique de graves périls.
« Vous connaissez trop bien, Monsieur, la question dont il s'agit ici, vous êtes trop pénétré des hautes considérations sur lesquelles il importe d'appeler la plus sérieuse attention du Souverain Pontife, pour que j'aie besoin d'y insister davantage, et pour que le Gouvernement du Roi ne se confie pas pleinement dans l'habileté avec laquelle vous saurez les faire valoir. Nous regretterions bien vivement que le Saint-Siège, par un refus de concours ou par une inertie que j'ai peine à supposer, nous mît dans l'obligation de prendre nous-mêmes des mesures que le sentiment public de la France et la nécessité d'État finiraient par réclamer absolument. »
Après cette menace à l'adresse du Pape, le réquisitoire reprend; carie ministre des Affaires étrangères n'est pas au bout de ses griefs contre les Jésuites, qui le gênent encore ailleurs qu'en France, et il conclut par cette déclaration évidemment destinée à d'autres qu'à M. Rossi : « Nous ne portons aux Jésuites aucune hostilité systématique; nous ne recherchons que le bien de la religion. »
Les Mémoires poursuivent le récit de la négociation; mais dès l'abord il y a une lacune que nous devons combler. M. Rossi, dit-on, présenta ses lettres de créance le 11 avril; après quoi « il se tint pendant deux mois dans une attitude d'observation inactive, uniquement appliquée à bien connaître les faits et les hommes et à répandre autour de lui sur ce qu'il venait faire une curiosité qu'il n'avait garde de satisfaire ». — M. Guizot gaze ici la vérité. Le fait est que la Curie pontificale donnait à l'envoyé du Gouvernement français des loisirs dont il se fût bien