‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 336 sur 382 · CHAPITRE Xll · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xll

esprits et je sais positivement qu'elle est arrivée jusqu'au Saint-Père. Mes paroles ont été d'autant plus efiicaces qu'elles n'ont été accompagnées d'aucune démarche... » (8 Mai 1845.)

M. Guizot avait d'aijord approuvé la méthode stratégique de son homme de confiance : « Je ne vous presse point, lui écrivait-il le 17 avril; prenez le temps dont vous aurez besoin et le chemin qui vous convient. Je veux seulement vous avertir qu'ici la question s'échauffe... Quand on est Gouvernement on ne dort pas tant qu'on veut, ni quand on veut. » — Mais un mois plus tard, le ton change; c'est vraiment, traduite en langage de chancellerie, une semonce que le général en chef adresse à son lieutenant :

« Le Roi ne désapprouve point votre inaction; il comprend la nécessité de votre travail préparatoire. Pourtant il s'étonne et s'inquiète un peu de cette attitude inerte, quand tout le monde sait que vous êtes allé à Rome avec une mission spéciale et laquelle. Il craint que nous n'y perdions un peu de dignité et d'autorité. Il est frappé que le cardinal Lambruschini se soit naguère absenté de Rome, et il y trouve quelque impertinence en même temps que beaucoup de timidité. Il se demande si, pour le succès même, il ne convient pas de nous montrer un peu plus pressés, un peu plus hautains, et de faire un peu plus sentir à la cour de Rome qu'elle nous doit et que, pour elle-même, elle a besoin de prendre ce que nous désirons en grande et prompte considération. » (19 Mai 1845.)

Ce qui provoquait l'impatience, l'inquiétude même du Roi et celle de son ministre, c'était la double manifestation qui. venait d'avoir lieu dans les Chambres à quelques jours d'intervalle. Voici ce qui s'était passé.

Le 14 avril, on avait discuté à la Chambre des Pairs une

pétition signée de 89 électeurs de Marseille, réclamantdes mesures administratives contre MM. Michelet et Quinet, dont l'enseignement donné au nom de l'État, soit dans leurs cours, soit dans leurs livres, était une perpétuelle insulte à la religion et à la morale. Ce fut l'occasion d'un débat mouvementé qui remplit deux séances. Le rapporteur, comte de Tascher, réprouva énergiquement au nom de la commission, les leçons des deux professeurs du Collège de France, ainsi que le livre de Michelet, le Prêtre^ la Femme et la Famille^ que ses collègues et lui, ditil, avaient dû lire « malgré leur dégoût ». La commission toutefois ne jugeait pas à propos de renvoyer la pétition au Gouvernement, « suffisamment averti », disait le Rapport. D'autres orateurs plaidèrent pour la répression. Montalembert les combattit au nom. des principes d'un libéralisme radical : « 11 ne faut pas demander au Gouvernement de sévir contre les professeurs, mais la liberté. Je respecte non leurs doctrines, j'en ai horreur, mais leur liberté, parce que la liberté de l'agression est la sauvegarde de la liberté de la défense. » ]\I. Cousin prit alors la parole et déclara d'abord, avec raison, que la théorie du Pair catholique menait à l'anarchie. Quanta lui, ilne voulait pas pour les professeurs une liberté illimitée. N'osant pas défendre les excès dénoncés à la Chambre des Pairs, il prétendit les ignorer. Mais il avait d'autres désordres et d'autres dangers à signaler à la sollicitude des pouvoirs publics. Et M. Cousin invitait les ministres et ses collègues à ne point tant s'occuper de ce qu'on enseignait au Collège de France et à regarder un peu plus du côté de la rue des Postes. Ici se place un incident plutôt comique. Il faut citer le Moniteur :

« M. Cousin... Il est notoire en France que, en présence de tant de lois anciennes et nouvelles qui se fortifient et confirment les unes par les autres, il est, dis-je, notoire qu'une fameuse Congrégation... — M. le comte Beugnot. Ah! nous y voilà! — M. Cousin. Oui, nous y voilà. Avezvous donc cru que j'hésiterais à dire hautement ma pensée ?

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