CHAPITRE XII
obstacle insurmontable ne s'y opposerait point. Vous ne le pouvez pas. Dans cette lutte que vous engagez contre la liberté et la conscience votre rôle sera odieux, vos moyens dérisoires et votre défaite certaine. »
On sait comment ces prédictions ont été réalisées de point en point. Les hommes d'Etat auxquels elles étaient adressées esquivèrent le péril dont ils comprenaient fort bien la gravité ; mais trente-cinq ans plus tard un autre Gouvernement se jeta dans l'aventure de l'exécution par voie administrative; il lui fallut entrer par effraction dans les couvents, en crochetant les serrures, quelquefois en faire le siège, en expulser les habitants manu militari. 11 lui fallut bien jouer le « rôle odieux », épuiser les « moyens dérisoires », pour aboutir à « la défaite certaine », puisque aussi bien, pour assurer sa victoire sur les maisons religieuses, il aurait dû y laisser garnison à perpétuité. Il ne le fit pas et les religieux rentrèrent chez eux. C'est la « défaite » que constatait Waldeck-Rousseau lui-même quand il disait : « Le régime des Décrets est inopérant. » Les fameux Décrets de 1880 prescrivaient l'exécution des prétendues « lois existantes » ; mais ces lois, dépourvues de sanction, étaient par là même vouées à l'impuissance. Cette fois on avait la preuve par le fait, preuve péremptoire, irréfutable, que la consultation Yatimesnil renfermait la vérité juridique.
Appuyés sur cette consultation les Jésuites s'apprêtaient à la résistance. On était généralement persuadé que M. Rossi n'obtiendrait rien de Rome. « Rossi, écrivait le correspondant de VUnivers., est en train de faire buisson creux. Il a des moments de découragement, mais aussi de colère... Les catholiques peuvent être sûrs que Home ne leur fera point défaut dans cette lutte. » (22 Mai 1845.) Les journaux de l'opposition libérale n'épargnaient pas au Gouvernement les railleries sur la fausse manœuvre où il s'était embarqué. Trois semaines plus tard le Constitutionnel pronosiiqudiit encore un échec certain. On lui écrivait
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de Rome : « M. Rossi a été fort mal accueilli. Le Pape l'a reçu poliment mais froidement; le cardinal Lambruschini plus froidement encore et d'une manière passablement décourageante ; la moitié des cardinaux ne lui ont pas rendu ses visites ; quelques-uns ont refusé de le recevoir; la plupart des grandes familles en ont fait autant. » Cependant « M. Rossi n'a point échoué dans sa mission, et cela pour une bonne raison, c'est qu'il n'a pas encore dit un seul mot des Jésuites. M. Rossi sait parfaitement que, dès qu'il en parlera, il sera repoussé et alors sa mission sera terminée ». (10 Juin 1845.) Le ministère allait donc être obligé de tenir l'engagement pris à la Chambre des Députés; il ferait exécuter les lois parla voie administrative. Tous les amis des Jésuites, tous les représentants les plus autorisés de l'opinion catholique, à commencer par les évéques, les suppliaient de se retrancher dans leurs droits de citoyens et de ne rien céder qu'à la force. Mgr Parisis publiait à ce propos une Lettre d'une singulière énergie : « Nous sommes tous intéressés dans cette affaire, disait-il en terminant. Aussi, comme prêtres, comme chrétiens et surtout comme citoyens, nous conjurons les Jésuites : 1° de jouir tranquillement des droits dont ils sont possesseurs et d'attendre qu'on les attaque ; 2° de ne faire aucune concession d'aucun genre ; 3° de se défendre par tous les moyens que les lois leur fournissent et de soulfrir plutôt tous les genres de persécution que de sacrifier un principe qui est humainement aujourd'hui le boulevard de l'Église.
« Plutôt cent ans de guerre que la paix à ce prixi ! » Les Jésuites français s'étaient d'ailleurs engagés d'euxmêmes dans la voie où on les conviait d'entrer; leur décision avait été prise, alors que la menace n'était encore qu'un point noir à l'horizon. Une circulaire provinciale adressée, dès le mois de mai de Tannée précédente, aux Supérieurs et aux membres de leurs conseils débutait
I. L'n mot sur les Interpellations TItiers et l'ordre du jour moils'é, par Mgr l'évèque de Langres. Publié par V rni>ers du a2 Juin i845.