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CHAPITRE XII

ainsi: « Quoique nous n'ayons, ce semble, rienà craindre en ce moment pour nos maisons, je crois cependant prudent et utile de vous tracer la marche que vous auriez à suivre, si le cas se présentait. » (25 Mai 1844.) Cette marche était alors indiquée seulement dans les grandes lignes; des instructions plus explicites seraient données, s'il y avait lieu. Elles le furent, en effet, à la suite de l'ordre du jour sur l'interpellation Thiers. La circulaire de Paris, signée du Père Ambroise Rubillon, est datée du 19 mai 1845. Cette fois, on envisage la dissolution comme imminente: « Mon Révérend Père, Pax Christi !Yous attendez avec quelque impatience le plan de conduite à suivre dans la circonstance présente. Le voici. 11 est à peu près certain qu'on ne prendra point, pour dissoudre nos maisons, la voie judiciaire... On agirait donc par voie administrative ; par ordonnance ou par arrêt administratif la dissolution de nos maisons serait prononcée. Un agent de l'autorité administrative se présenterait pour l'effectuer... » La circulaire détaille minutieusement ce que le Supérieur doit dire et faire, jusqu'à l'expulsion par l'emploi de la force et à la dispersion des membres de la communauté. Elle se termine en recommandant « la modération, la politesse ; nulle résistance irritante, nul éclat ne doit se trouver dans vos actes ». Et enfin par manière de conclusion: « Ce n'est qu'après les plus mûres délibérations, après les avis répétés des hommes d'Etat, des jurisconsultes les plus éminents, que cette ligne de conduite a été adoptée ; il faut donc vous y conformer exactement. » Suit une formule de protestation à faire insérer dans le procès-verbal du commissaire de police et à publier dans les journaux. Les religieux déclarent que la mesure dont ils sont victimes constitue un attentat aux droits garantis à tous les Français par la Charte et par les lois: savoir, la liberté individuelle, l'inviolabilité du domicile, l'inviolabilité de la propriété, la liberté de conscience et de culte. Ce sontlà en effet, au témoignage de ^I. de\'atimesnil, « en y ajoutant la compétence judiciaire et

l'indépendance des tribunaux, les grands intérêts engagés dans celte affaire » '. Une circulaire, identique pour le fond, était envoyée par le Père Maillard aux Supérieurs de la Province de Lyon.

Ainsi donc, au mois de mai 1845, les Jésuites français s'attendaient à une exécution comme celles dont la Troisième République a donné tant de fois à notre génération ie triste spectacle, et ils s'apprêtaient à y résister comme il convient aux citoyens d'un pays libre. Une dernière recommandation des circulaires provinciales était ainsi conçue: « Cette instruction sur la conduite à tenir doit être secrète; il faut éviter que l'autorité sache quels moyens nous devons prendre pour nous défendre. »

Mais de son côté le Gouvernement poursuivait son plan qui allait rendre inutile celui de la défense. Les Jésuites de Paris n'ignoraient pas les intentions du ministère. Le 26 mai, le Père Guidée écrivait au Père Général : « Nous avons été grandement consolés en apprenant que le Souverain Pontife avait repoussé toutes les propositions qui lui ont été faites; mais nous savons de science certaine qu'on ne se tient pas pour battu. » Il semble donc que dès lors Grégoire XVI avait été pressenti et avait donné une réponse peu encourageante pour le négociateur. C'est bien ce qu'on peut lire à travers les lignes d'une longue dépêche de M. Rossi à INI. Guizot, en date du 28 mai, où il se félicite beaucoup des résultats du travail « inoffîciel et préparatoire » qu'il poursuit depuis deux mois. Mais en somme il n'avait pas encore osé entamer la négociation.

Ce fut seulement le 30 mai que, stimulé par les instances discrètes mais formelles du ministre des Affaires étrangères, il se décida à remettre au secrétaire d'État, cardinal Lambruschini, \e Mémorandum relatif à l'affaire des Jésuites. « En lui portant moi-même cette pièce, écritil trois jours après, j'ai eu avec lui un entretien très serré

I. Lcllre de M. de Vatiinesnil, pour les avocats des divers barreaux de France, jointe à sa Consultation, ■; Juin i845.

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