‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 350 sur 382 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

des promesses faites parle ministre et le plénipotentiaire d'user d'égards envers les Jésuites.

En transmettant cet accusé de réception à Paris, M. Rossi s'évertua à expliquer comme quoi il répondait de tout point à l'attente de M. Guizot. Cette dépêche curieuse a été insérée dans les Mémoires tout à côté de la lettre du cardinal; en comparant l'une avec l'autre on se prend à penser qu'il y avait chez l'ami de M. Guizot encore plus d'aplomb que d'ingéniosité^

La Note publiée au Moniteur du 6 juillet produisit une émotion considérable; ce fut, au sens le plus vif du mot, l'événement du jour; on ferait un volume curieux et instructif avec les commentaires dont elle fut accompagnée dans les journaux de toute couleur et de toute nuance. Gomme elle annonçait le succès de la mission Rossi, tout le monde attribuait au Saint-Siège les mesures pri ses contre les Jésuites. Selon le mot échappé à Montalembert, c'était « une seconde édition de la destruction de l'Ordre ». Les

I. II y a une autre version que nous devons mentionner pour mémoire. Les archives du Vatican relatives à la négociation Rossi demeurent malheureusement impénétrables. Le P. Bresciani, le fondateur de la Civiltà Cattolica prétend aA'oir vu tout le dossier, et voici ce qu'il raconte : Une lettre du roi Louis-Philippe (plus probablement la lettre de M. Guizot à Rossi) ayant été communiquée au Saint-Père, le cardinal Lambruscliini écrivit à M. Rossi que Grégoire XVI et lui-même étaient étrangement surpris, que les concessions n'étaient pas leur anivre, que le Saint-Siège y était étranger, qu'elles n'avaient eu lieu qu'après la rupture des négociations; qu'elles étaient le fait du Père Général, à qui devaient aller les remerciements du Gouvernement français que le Pape repoussait pour sa part. A quoi Rossi aurait objecté : Pensez-vous que cette lettre doive être envoyée à Paris? Elle ii-ritera fort... Croyez-moi, changez cela; remerciez de la bienveillance que le Roi promet aux Jésuites, etc.. — C'est ainsi que le cardinal Lambruschini aurait été amené à écrire sa réponse. Nous devons à la vérité de dire que la note manuscrite du P. Bresciani porte en marge ces mots de la main du P. Roothaan : « Moite cose al meno duhbie. -: (Archiw rom. S. /. 7, XXVIII. 93.)

feuilles gouvernementales félicitaient chaudement le ministère et n'épargnaient pas leurs éloges au Souverain Pontife; celles de l'opposition libérale, tout en exprimant leur satisfaction du résultat obtenu, renouvelaient leurs sarcasmes à l'adresse des ministres qui étaient allés demander au Pape de faire exécuter en France les lois françaises. Le Courrier français se chargea de formuler des réflexions qui vinrent tout d'abord d'elles-mêmes à l'esprit des catholiques, mais qu'une plume catholique n'aurait jamais osé exprimer. Réflexions honorables pour la Compagnie de Jésus, mais fort désobligeantes pour le Saint-Siège, qu'il nous sera permis toutefois de citer, puisque, en ce qui concerne le Saint-Siège, elles partent d'un faux supposé :

« Nous avions fait trop d'honneur à la cour de Pvome en supposant qu'elle laisserait au Gouvernement français la responsabilité d'une mesure décisive contre les Jésuites. Rome a cédé ; c'est un nouveau signe de décadence du pouvoir spirituel qui réside au delà des monts. Sacrifier ses défenseurs est la marque la plus manifeste de sa faiblesse, et ce n'est pas la première fois que l'Ordre de Loyola éprouve l'ingratitude du Saint-Siège... Alors que les Jésuites se propagent ouvertement sur la terre de France et rencontrent partout l'appui des évêques, le Pape vient en aide au ministère embarrassé de l'exécution des lois qui prohibent la Compagnie de Jésus ; il désavoue les siens et casse sa milice. A qui donne-t-il gain de cause ? A l'esprit philosophique qui a obligé le ministère à sévir. Ce sont les inspirations de MM. Quinet et Michelet. Cousin et Thiers qui triomphent au Vatican.

« ... Serait-ce par hasard que la cour de Rome aurait cru servir la cause de la religion en retirant les Jésuites de France ? On lui aura représenté que la France tout entière était prête à retourner à la messe, n'étaient les Jésuites, et que la suppression de cet élément parasite ferait infailliblement refleurir parmi nous « l'auguste religion de nos pères », comme dit M. Thiers. Nul doute qu'on lui ait tenu ce langage. C'est la continuation de la

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