CHAPITRE XH G
de France dans la lutte qu'elle soutenait pour son indépendance et sa dignité, dénonçait les Jésuites comme déserteurs devant l'ennemi sur l'ordre de leur Général. On conçoit l'émotion du Père Roothaan devant une telle accusation. Le 2 août, il écrivait au Provincial de Paris : « Oh! que la lettre de l'évéque de Langres m'a fait de mal, à cause de quelques expressions ! Mais démentir ou expliquer au public gâterait tout. Patience ! Oinnia tempus habenl. »
Or, par une coïncidence singulière, au moment même où Mgr Parisis venait d'achever sa Lettre à un catholique^ le Père Roothaan lui écrivait pour le remercier au nom de la Compagnie de celle qu'il avait publiée un mois auparavant. Je veux, disait-il, « exprimer à Votre Grandeur mes hommages de vénération, d'admiration et de reconnaissance. Les écrits qu'Elle a publiés successivement, si pleins de force et de sagesse, sont dignes des plus beaux temps de l'Église ». (17 Juillet.)
Cette effusion parvint au palais épiscopal de Langres par le même courrier que le numéro de V Univers où se trouvaient les duretés échappées à la mauvaise humeur du prélat contre les Jésuites (22 Juillet). Mgr Parisis ne laissa pas d'en être quelque peu gêné. Quelques jours plus tard il faisait loyalement réparation. Le 12 août il écrivait au Père Roothaan : «... La première nouvelle du parti pris heurtait si directement ce que je venais de publier que j'ai dû en éprouver quelque peine, moins pour le désagrément personnel qui en résultait que par la crainte d'un échec fâcheux pour la sainte cause que nous défendons... Mais il est possible que la concession à laquelle vous avez consenti soit, tout bien calculé, plus avantageuse que la résistance. Vous avez vu dans ma Lettre à un catholique que je ne cesse pas pour cela d'avoir pour votre sainte Compagnie la même vénération et la même estime. Mais voici en quoi votre concession pourra nous faire du mal. Il est hors de doute qu'on va vouloir nous faire reculer sur d'autres points. Or, je ne crois pas que nous le puissions
en conscience. Nous résisterons donc; mais vous ne serez plus là pour nous appuyer, et loin de nous être un soutien comme par le passé, vous servirez à nos ennemis d'argument contre nous. »
En somme, tout en versant du baume sur la blessure qu'il avait faite, l'évêque de Langres persistait dans son sentiment; il regrettait, il blâmait les concessions. Beaucoup parmi ses collègues de l'épiscopat, beaucoup aussi dans les rangs du clergé et la grande majorité des militants catholiques se rangèrent au même avis. Pendant des mois les Jésuites français furent assaillis de récriminations souvent fort peu mesurées; l'écho en arrivait, plutôt amplifié qu'affaibli, aux oreilles du Général; c'était lui qu'on rendait seul responsable. Le Père Roothaan n'essayait même pas une justification qui ne lui eût été que trop facile. Il ne contestait point les fâcheux effets des concessions; mais ceux de la résistance eussent-ils été moindres? En ce qui concerne la Compagnie, le Gouvernement, trop engagé pour reculer, ne se serait il pas porté à des mesures plus radicales et peut-être irréparables? Et au surplus, on a vu comment le Père Roothaan avait été amené à faire des concessions. Au Provincial de Lyon qui, lui aussi, avait fait part à son Supérieur du blâme que ses concessions rencontraient dans les rangs de l'épiscopat, il répondait : « On a bien raison de blâmer le Père Général. Vous, mon cher Père, vous savez ce qu'il en est... Oh! qu'il serait bon que les évêques écrivissent au Saint-Père — mais au Saint-Père — sur l'inconvenance des concessions faites par le Père Général. Gela pourrait servir pour l'avenir, si jamais!... » (18 Août 1845.) Avec plus de précision encore il écrivait au Père Gury : « Quant aux concessions, croyez, mon cher Père, que nous n'avons pas manqué de manifester à qui de droit nos prévisions sur les suites qu'elles entraîneraient, comme nous ne manquons pas maintenant d'en faire connaître les effets. iSIais vous savez bien que la prudence est la vertu de celui qui