CHAPITRE XII
commande, non de celui qui obéit, et que le Général de la Compagnie a un Supérieur. » (2 Octobre 1845.)
En définitive le Père Roothaan avait obéi, sans avoir, il est vrai, reçu ni ordre^ ni conseil équivalant à un ordre; mais il savait, pour l'avoir appris de saint Ignace, que la parfaite obéissance n'en demande pas tant. Cela, il pouvait le dire aux siens, et c'était assez pour se justifier à leurs yeux. Mais, devant le public et même les évêques, le Général de la Compagnie devait garder une responsabilité fâcheuse dont il n'aurait pu se décharger qu'en la renvoyant au Saint-Siège.
Circulaire du P. Renault, Provincial de France sur le mennaiaianisnie
Mon Rkvéhend Pèke, P. C.
« Vous connaissez, sans doute, la dernière Encyclique qui condamne les Paroles d'un Croyant et un nouveau système de Philosophie. Les évêques la publient dans des lettres pastorales, où ils font ressortir la fausseté et le danger des nouvelles doctrines. Un grand nombre des plus zélés partisans de ces systèmes se sont rétractés. Ceux des Nôtres qu'on sait les avoir partagés doivent aussi se déclarer maintenant. Ce qui pouvait être toléré avant que le Saint-Siège eût parlé, ne peut plus l'être. La dernière Encyclique a condamné bien évidemment le système de Philosophie, qui était comme la base de toutes ces doctrines; et le Saint-Père ne l'a pas seulement condamné, à cause de l'application qui en a été faite, mais encore, en termes exprès, parce qu'il est en lui-même un système qui induit en erreur, et qui, conséquemment, doit être tout à fait improuvé : Nos hic loqui etiam de fallaci illo haud ita prideni invecto philosophiae systeniate plane improbando.
J'espère que nous voilà arrivés au moment où nous n'aurons plus, sur ce point, comme en tout le reste, « qu'un même sentiment, et que nous l'exprimerons tous de la même manière ». C'est pour s'en assurer davantage, et nous faire goûter plus parfaitement le bonheur de cette unité, que notre Révérend Père Général demande que ceux, qui ont plus ou moins adopté ces systèmes, disent aujourd'hui ce qu'ils en pensent d'une manière nette et précise. Vous voudrez donc bien demander
aux Pères de votre maison, qui seraient dans ce cas, une déclaration qu'ils signeront; vous me la remettrez à la visite, cette année; et, si la visite de votre maison est faite, vous me l'enverrez par une occasion à la maison de Lyon, où je la trouverai à mon retour. J'enverrai à Rome ces déclarations, qui ne seront sans doute que l'expression de la soumission la plus entière à la décision du Saint-Siège; elles consoleront la Compagnie et les premiers Supérieurs, dont la prévoyante sagesse nous a retenus, nous rappelant aux vrais principes, et nous disant, comme l'apôtre à son disciple : 0 Timothee, deposilum cuslodi, devitans profanas vocum novitates, et oppositiones falsi nominis scientiae, quant quidam promittentes... exciderunt^ . Que des soins si particuliers de la Providence, dans ce temps de vertige et d'erreurs, demandent de notre part de reconnaissance et d'amour!
D'irun on se rend à Pasages soit par la grande ligne, soit par un petit chemin de fer électrique qui va jusqu'à Saint-Sébastien. C'est par cette voie que nous nous y rendons. Le trajet dure une petite heure. La gare est proche de l'extrémité de la baie; c'est là que se trouve le port moderne; tout un quartier s'y est élevé depuis quelques années; il s'appelle Ancho et se relie à Renteria, centre industriel d'une certaine importance. Los Pasages se compose de deux villages situés de part et d'autre à l'entrée du goulet, SanPedro à gauche et San Juan adroite, quand on regarde la mer. C'est à San Juan que se trouvait le collège. Comme il serait trop long de contourner la baie, nous nous y rendons directement en barque. San Juan s'allonge au pied d'une montagne très raide, presque à pic, avec quelques arbres d'ici de là et un bouquet de pins à mi-hauteur. 11 n'y a qu'une seule rangée de maisons, tout au bord de l'eau pour la plupart, l'unique rue est même en plusieurs endroits recouverte par les constructions; il n'y a un peu d'espace libre qu'à la Plaza de la Coiistilucion. Après la dernière maison, on entre dans le goulet, fort resserré entre deux falaises rocheuses sur une longueur de douze à quinze cents mètres.
1. O Timothee, gardez le dépôt qui vous a été confié, fuyant les profanes nouveautés de paroles, et les objections d'une prétendue et fausse science; car ceux qui l'ont professée, se sont égarés. (I Tini. VI, 20.)
Le jeune curé de San Juan se met très gracieusement à notre disposition ; à l'entrée de la maison qu'il habite, une inscription nous apprend que Victor Hugo y fit un séjour en 1843. Fantaisie de poète, en quête de pittoresque. Le collège des Jésuites (1828-1834) était situé à l'extrémité du bourg opposée à la mer ; il occupait deux ou trois bâtiments, dont le principal, grosse maison carrée, avec sa façade de pierres de taille ornée d'un solennel écusson seigneurial, n'est pas dépourvu de caractère. Le rez-de-chaussée est enterré du côté de la montagne ; au premier étage trois grandes salles avec balcon sur la baie ; au second, la distribution est différente; nous y voyons un oratoire, avec une madone peinte sur la muraille; il y a encore un étage d'une hauteur beaucoup moindre et de vastes galetas- Ce devait être l'habitation d'une riche famille au temps où Los Pasages offrait un port naturel et un abri sûr au commerce maritime ; mais nous nous demandons comment on pouvait y installer un collège. Une étroite bande de terre, qui s'élargissait un peu à marée basse, servait de cour de récréation. Tout est aujourd'hui abandonné, sans autres habitants que les rats et les araignées. La grande maison avait été mise en communication avec l'église paroissiale de San Juan par un pont jeté au-dessus de la rue, ou pour mieux dire, de la ruelle. Cette église, avec ses grands murs de pierre de taille percés de rares fenêtres, a extérieurement un aspect de forteresse. L'intérieur présente une seule nef assez majestueuse. Le fond de l'abside jusqu'à la voûte est occupé par un retable monumental, à la mode espagnole, sculpté en haut relief et peuplé d'un nombre incalculable de figures; le tout est doré, mais heureusement le temps a adouci l'éclat de la dorure. C'est incontestablement une pièce fort remarquable. Deux autels latéraux sont également surmontés de retables forts beaux quoique moins imposants parleurs dimensions. Vers le milieu du bourg se trouve la chapelle des marins, et un peu au-dessus des maisons attachées au flanc de la montagne une autre petite église sous le vocable de Santa Anna. La population de San Juan ne doit pas dépasser 300 à 400 âmes.
Souvenir d'une excursion ù Los Pasages, 22 septembre 1913.
Lettre du P. Louis Valantin, recteur du collège du Passage, au R. P. Roothaan, Général de la Compagnie de Jésus.
Notre cher collège du Passage n'existe plus. Un coup soudain l'a frappé et anéanti, au moment même où son existence semblait être moins menacée que jamais. Depuis deux mois environ, on nous laissait jouir d'un calme profond ; mais ce calme, comme nous venons de l'éprouver, n'était qu'un calme trompeur, pendant lequel on préparait notre ruine. Le 12 de ce mois, vers quatre heures de l'après-midi, un adjudant général, accompagné de cinquante à soixante hommes de la garde urbaine de Saint-Sébastien, arrive au collège, laisse sa troupe, partie devant la maison de Saint-Joseph, partie devant celle de Saint-Roch, entre seul avec un officier, et me fait demander. Je descends aussitôt au parloir ; et là je suis sommé de fournir sans délai la liste de toutes les personnes, maîtres, élèves et domestiques qui habitent le collège, en indiquant la patrie de chaque individu. Je fais observer que ce travail exige un peu de temps ; on me l'accorde. Les listes faites et remises, l'adjudant général prend congé et se retire. Je crois que tout est fini, au moins pour ce jour-là. Point du tout. A peine un quart d'heure s'est-il écoulé, l'adjudant rentre ; et cette fois il me fait appeler au parloir, et veut que je m'y présente avec cinq autres des principaux Pères du collège. 11 est obéi. Alors, prenant un air grave, il me remet un papier, qui ne contenait que quatre ou cinq lignes ! et quand je l'ai lu : « Eh bien. Monsieur, me dit-il, êtes-vous disposé à vous soumettre? » Je réplique : «Oui et non, Monsieur l'adjudant; car, avant de m'engagera rien, il faut que je sache de quoi il s'agit ; or, le papier que je viens de lire ne me l'apprend pas. J'y vois seulement que vous êtes chargé de me communiquer un ordre. Quel est cet ordre ? — Le voici, écoutez. Je dois vous l'expliquer de vive voix. Votre collège est fermé, dès cet instant ; et il faut que, demain, il n'y reste plus personne, si ce n'est deux Pères et deux Frères avec quelques domestiques, pour procéder à l'inventaire et à l'emballage du mobilier ; le tout en présence de l'alcade. »
Sur mes représentations, M. l'adjudant veut bien accorder un délai de deux jours pour opérer le départ des élèves français, et consentir qu'au lieu de deux Pères il en reste trois au collège.
Le lendemain matin, après avoir célébré le Saint-Sacrifice, je me hâte de me rendre à Saint-Sébastien. Je vais droit chez l'agent consulaire de France, dont je reyois l'accueil le plus aimable. Je règle avec lui tout ce qui concerne nos passeports, et j'obtiens par son intervention trois jours entiers pour exécuter tant notre départ que celui des élèves ; et certes, ce n'était pas trop.
Je ne vous peindrai pas maintenant, mon Très Révérend Père, tous nos embarras, toutes nos fatigues, soit au Passage, soit à Bayonne ; vous les comprenez sans peine. A Bayonne, par exemple, où je me suis trouvé des premiers avec les PP. Point et Luiset, il a fallu huit jours pour procurer à nos élèves les moyens de retourner dans leurs familles; et même c'est hier seulement que la dernière bande composée de trois a pu partir avec un de nos Pères. Rien n'avait pu être prévu, ni préparé d'avance. Actuellement, il s'agit de faire rentrer en France notre mobilier, ce qui offre bien des difficultés. Les plus grandes viennent du côté de l'Espagne où, d'après le décret de la Régente qui nous a expulsés de ce pays, on prétend retenir en séquestre tout ce que nous avons au Passage, cabinet de physique, bibliothèque, objets d'église, de lingerie, meubles, etc., etc. Nous travaillons à obtenir justice d'un acte si révoltant ; et je fais en même temps des démarches pour qu'une partie au moins de notre mobilier, savoir tout ce qui est sorti primitivement de France, puisse y rentrer en franchise. A cet etïet je me suis adressé, par l'entremise d'un ami que nous avons à Paris, à àSL le Directeur de l'administration des Douanes, et on m'a fait espérer que ma requête serait favorablement accueillie. Mais tout cela n'aboutirait à rien, si l'on s'opiniâtrait, contre tout droit et toute raison, à ne pas laisser sortir nos effets d'Espagne.
Jésuites anciens élèves de Frihourg (Extrait du Livre d'or)
D'Astros Maxence Aurran Joseph De Backer Charles Bellew Michel Benausse Félix Bernadac Adolphe De Beuvron Eugène Billas Paul De Boisgelin Louis De Bouchaud Edouard Bouffîer Gabriel De Boylesve Marin Braun Eugène De Carmejane Charles Castanier Auguste Chambellan Ernest De Chazournes Léon Chevreuil Emile De Damas Amédée De Damas Charles Dorr Edouard Dorville Charles Dumas Henri Faller Clément Finaz Marc
Flandrin Jeaa-Baptîste De Foresta Albéric Fruzzini Léopold Goeldlin de Tiefenau
Baptiste De Gottrau Philippe Haan Joseph Hassenforder Victor Havard Antoine
Jean-
Hélot Louis Heyvaert Edouard D'Hivert Jean Hoffmann Emile Hoffmann Victor Indermatten Pierre Jullien Saint-Michel Juster Jules Knight Guillaume Kohler Auguste Laboré Francisque De Lamezan Joseph Le Lasseur François De Mehien Philippe Du Merle Henri Mertian Edouard Mertian Victor Mertian Henri Mondésert Louis De Nolhac Théodore Parrin P'rançois De Pedroso Emmanuel Polidoro Charles Polidoro Gaétan Pottgeisser Jules Ramière Henri Du Ranquet Dominique Du Jlanquet Charles Du Ranquet Victor De Rey Elzéar Richard Louis Roccofort Gonzague De Rochemure Henri Roubaud Etienne
Roulet de Sandoz Henri De Rubod Léopold Saint-Cyr Henry De Saint-Fériol Gabriel Sénéclauze Régis Sherlock Jacques Simonin Joseph Staub Joseph Stumpf Jean-Baptiste Sucher Ignace Taffîn Louis Terret Régis
Tourel Auguste Tschieder Pierre Van Alsenoy Guillaume Van der Leeuwe Pierre Van Ryckevorsel Louis Van Ryckevorsel Gérard Vasseur Nicaise Verheyden Pierre Wilde Léon Wilde Clément Wilde Guillaume De Zeil Georges
Quelques notes sur Brugelette extraites du « Diaire » (Archiv. Prov. Franc. 2248)
C'était un ancien couvent de Franciscaines, fondé au xin» siècle par les ancêtres du comte de Mérode. Le collège débuta le 29 Octobre 1835 avec 50 élèves. Le 8 décembre il fut consacré solennellement à la Sainte Vierge. L'évêque de Tournai, Mgr Labis, vinty passer trois jours. A la rentrée de 1836, on compte 150 élèves; il fallut agrandir les bâtiments. Nouveaux agrandissements l'année suivante. En 1838-1839 le nombre des élèves monte à 237. On construit la grande salle des fêtes. En 1839-1840 nouvelle construction pour loger les théologiens et les juvénistes venus de Saint-Acheul. En 1840-1841 on atteint le chiffre de 300 élèves pensionnaires qui se maintiendra jusqu'à la fin, mais ne sera guère dépassé. En 1843-1844 construction d'une vaste salle de récréation.
Le règlement et les usages sont à peu près ceux de Fribourg. Dès le début on établit les Congrégations et les Académies, ainsi que la retraite du commencement de l'année et celle des philosophes sur la fin.
Le Cours de Philosophie se fait en latin ; le français y pénétra cependant à titre de tolérance dans les discussions. Nous trouvons encore un programme de séance publique daté du 22 janvier 1851 :
DlSPUTATlO INTEIl PIUMl ANNl PhILOSOPHOS.
De Logica : Mens humana cognoscit cerlo l'eritatein . Sex thèses...
Propugnahunt ; Carolus de Maistre, Victor de Courtebourne, Xicolaus de Mac-Carthy.
linpugnabunt: Carolus Hélot, Leontius de Montmartin, Paulus de Vivien.
Les cours d'anglais et d'allemand ont lieu les jeudis et dimanches de chaque semaine.
Le théâtre subit les mêmes vicissitudes qu'à Saint-Acheul. On aborde différents genres, y compris l'opéra en 1842. Sur des remontrances venues de haut, on y renonce, et, après des essais qui ne donnent pas satisfaction, on s'en tient à des pièces jouées sans apparat et sans assistance de personnes du dehors. Le Père Gahour composa tout exprès plusieurs drames, entre autres Dioclélîen à Salone^ envers.
Parmi les visites de personnages de marque, nous trouvons en 1843 celle du Nonce Pecci, le futur Léon XIII. Pas de vacances au cours de l'année. Le baron de Sécus et le prince de Croy, anciens élèves de Saint-Acheul, reçoivent dans leurs châteaux tout le collège à certains jours de congé.
Les grandes vacances ne durent guère plus de six semaines, du 29 août au 12 octobre, en 1836. Elles paraissent s'allonger un peu dans la suite. On lit dans le Diaire de 1839 : « Les PP. Coué et Charil sont partis de Brugelette avec treize élèves en caravane. Le voyage a duré quarante jours. » Suit l'itinéraire ; on a visité la Belgique, l'Alsace, la Suisse, on a atteint l'Italie du nord et on est revenu par le Saint-Gothard, la vallée du Rhin, Cologne et Aix-la-Chapelle. La dépense a été de 300 francs par élève. Une autre caravane a fait seulement en Belgique une tournée de quinze jours.
lmage-Sou<^evir de Première-communion, 29 Mai 1851 R. P. Delvaux. R. P. de Boylesve
Ch. de Falaiseau . R. de Ilubner
H. de Bonvouloir A. de Guitaut
F\ de Divonne E. de Valicourt
H. de Bardonnet A. de Monteynard
G. Jallu A. de Loisy
B. d'Alsace O. de Loisy
T. de Mairesse O. Tissot
T. d'Oultremont A. de Chatonay
P. Delvaux Ch, de Brandt
M. des Roberts L. de Teil
A. Charvet H. de la Rochetulon
Ch. Grîmont G. Bourgain
G. du Lau V. Verley