NOTRE-DAME DE PAIX
L'original de cette image Est un chef-d'œuvre si parfait Que le Tout-Puissant qui l'a fait S'est renfermé dans son ouvrage.
Je vous salue Marie Reine et Souveraine
De la Paix. Parle Divin Cœur de Jésus
Prince et Auteur de la Paix, faites
Qu'il règne sur nous en paix et en miséricorde
Montrez que vous êtes notre Mère.
Divin Cœur de Jésus
Ayez pitié de nous. Cœur Immaculé de Marie
Refuge des Pécheurs
Priez pour nous.
Octobre 1815.
La maison N° 20 est adossée à la chapelle des Missions étrangères, laquelle fut longtemps église paroissiale. L'abbé Dufriche des Genettes y fut vicaire, puis curé à partir de 1819 jusqu'en 1830. L'année même de son arrivée, il fut reçu dans la Congrégation, dont les réunions se tenaient alors au Séminaire des Missions étrangères. (Sur Le catalogue des admissions, son nom est écrit Desfriches des Genettes.] Il avait continuellement sous les yeux l'image de Notre-Dame de Paix avec l'inscription. Il se peut qu'elle lui ait suggéré le titre qu'il devaitdonner plus tard àl'Archiconfrérie. Mais cette inscription elle-même, quelle en est l'origine?
La vocation dominicaine de Lacordaire
Une controverse assez vive s'est élevée au cours de l'année 1913 entre Bénédictins et Dominicains * au sujet de la vocation dominicaine de Lacordaire. Le Père Dudon en a rendu compte dans les Études du 5 mai 1914. (T. CXXXIX, p. 387.) Je n'ai pas la prétention de dire mieux, moins encore de dirimer le conflit ;
Non nostrum est inter vos tantam componere litem.
On me permettra toutefois d'y revenir ici, pour justifier la manière dont cette vocation est présentée dans l'Histoire d'un siècle.
Nous sommes en présence de deux récits discordants, celui de Dom Guéranger et celui de Lacordaire. Tous deux ont été faits de mémoire plus de vingt ans après les événements. Il n'y faut pas chercher la précision et l'exactitude à'\xn proces-verbal. Celui de Dom Guéranger est contenu dans une lettre écrite à Théophile Foisset, le 5 septembre 1862. En voici les passages essentiels : « En 1837, je fis sa connaissance (de Ijacordaire) à Rome... Il avait été à Rome, le 28 juillet 1837, témoin de ma profession à Saint-Paul hors les murs et en avait été frappé. L'idée me vint de lui parler du désir que j'éprouvais de voir rétablir en France l'Ordre des Frères Prêcheurs... Je lui dis même que j'avais quelqu'un en vue pour cela. Il m'interrompit en me disant qu'il seraithommelui-même à se vouera une telle œuvre, d'autant qu'un Ordre de Prêcheurs lui irait beaucoup. A la visite suivante il me demanda des renseignements sur la vie des Dominicains... Je lui exposai ce que j'en connaissais, et... je demandai au P. Lamarche, Prieur de la Minerve, un exemplaire des Constitutions que je lui communiquai... » Pas de conclusion pour lors ; on revient ensemble en France au mois de septembre ; il n'est plus question de l'affaire. « L'année suivante 1838, il (Lacordaire) arriva à Solesmes le jour de
I. Voir la Revue Lacordaire (T. I. 1918) fondée par les Dominicains pour préparer la Vie définitive de Lacordaire et l'édition critique de ses œuvres.
l'Octave de la Fête-Dieu ; ses premières paroles furent pour me dire qu'il venait pour approfondir la question de son entrée dans l'Ordre de saint Dominique...; il me priait de le diriger dans la retraite qu'il se proposait de faire... Peu après, il commença cette retraite qui dura huit à dix jours, et ma conclusion fut qu'il devait entrer dans l'Ordre des Frères Prêcheurs. 11 l'accepta avec la plus grande simplicité. »
Lacordaire, lui, a raconté sa vocation dans un écrit dicté sur son lit de mort (Octobre 1801) et qu'il ne put achever. Il l'intitulait simplement Notice sur le rétablissement des Frères Prêcheurs. Il fut publié neuf ans plus tard par Montalembert sous le titre de Testament du Père Lacordaire. (S*) Paris, Douniol, 1870.) Le récit en question remplit le Chapitre V. Les choses s'y passent tout différemment : « Mon long séjour à Rome me permettait beaucoup de réflexion :je m'étudiais moi-même et j'étudiais aussi les besoins généraux de l'Eglise.. Je me persuadai donc en me promenant dans Rome et en priant dans ses basiliques que le plus grandserviceà rendre à la chrétienté, au temps où nous vivons, était de faire quelque chose pour la résurrection des Ordres religieux... Après la question générale venait la question secondaire qui était de savoir à quel Ordre je me donnerais... » Il ne peut songer à fonder un Ordre nouveau et, tout bien examiné, il n'a à choisir qu'entre Jésuites et Dominicains... « Néanmoins en rentrant en France sur la fin de 1837, je n'étais point décidé. » Après la station de Metz, au printemps de 1838, « je revins à Paris. Là je m'ouvris plus ou moins à ceux qui m'aimaient. Nulle part je ne rencontrai d'adhésion... »
On voit la différence. D'après le premier document le futur abbé de Solesmes aurait été l'instrument providentiel de la vocation dominicaine de Lacordaire ; cette vocation, selon la manière ordinaire de parler, serait l'œuvre de Dom Guéranger. Dans le second document, il n'apparaît même pas ; il n'est pas nommé. Si le premier est véridique, comment expliquer ce silence? L'historien de Dom Guéranger (Dom Delatte) écarte l'objection par une fin de non-recevoir. « Nous n'avons pas, dit-il, à rechercher ici les motifs qui ont déterminé Lacordaire, la veille de sa mort, à taire le nom de l'abbé de Solesmes. Il suffit de demander aux hommes raison de ce qu'ils disent ; s'il fallait leur demander compte en plus de ce qu'ils ne disent
pas!... Prétérition n'est pas crime, et Lacordaire a assez parlé, assez écrit pour que nous ne trouvions pas sujet à nous plaindre qu'il n'ait pas parlé une fois de plus. » [Dom Guéranger, abbé de Solesmes, par un moine bénédictin. T. I, p. 208.)
On pourrait allonger encore ces considérations sur la nonvaleur des arguments négatifs. Mais j'avoue que celui-ci ne me satisfait pas. Sans doute, paî' lui-même le silence d'un témoin ne prouve rien contre la réalité d'un fait. Mais, quand il apparaît que le témoin avait l'obligation de parler, qu'il ne pouvait pas ne pas parler, si par ailleurs sa probité est établie, alors son silence a une valeur de témoignage, il constitue une forte présomption, pour ne rien dire déplus, à l'encontre du fait tel qu'il est présenté. Or, il semble bien que telle était la situation de Lacordaire dans le cas qui nous occupe. Selon le premier récit, Dom Guéranger a une part prépondérante, ou pour mieux dire, une part exclusive dans la vocation du restaurateur de l'Ordre de saint Dominique en France ; c'est lui qui en aurait eu l'initiative, lui qui l'aurait éclairée, affermie et enfin décidée. Mais alors Lacordaire, racontant les origines du « rétablissement des Frères Prêcheurs », pouvait-il passer sous silence semblable collaboration? Son récit, avec une telle réticence, ne renferme-t-il pas une altération substantielle de la vérité historique ? Alors quoi ? Faut-il donc récuser le témoignage de Lacordaire ? Sur son lit de mort, il aurait, par un inconcevable amour-propre d'auteur, refusé de reconnaître que ridée du rétablissement lui avait été suggérée par un autre ? Ou enfin sa mémoire l'aurait mal servi ? Il aurait oublié ? On oublie une circonstance, une date, un détail; on n'oublie pas ces choses-là. Pareilles hypothèses ne supportent pas l'examen. L'état d'àme de Lacordaire, ses dissentiments, sa brouille même avec l'abbé de Solesmes ne les rendent pas plus plausibles, au contraire.
Si on ne veut pas les accepter, reste donc qu'il y aurait quelque chose à modifier, ou si l'on veut, à ajouter au premier récit. Oserais-je dire que, à l'entendre strictement, mais non plus dans la version qu'en a donnée le biographe de Dom Guéranger, il renferme de réelles invraisemblances ? « Au cours du mois d'août 1837, nous dit-on, dans la chambre occupée par Lacordaire à Saint-Louis des Français, il arriva à Dom Guéranger de dire que, les Bénédictinsrétablis en France, il manquait
une restauration religieuse, celle des Frères Prêcheurs. Lacordaire demanda ce qu'étaient les Frères Prêcheurs... » (Page 207.) — En vérité ! Et il était à Rome depuis dix-huit mois ! Et il habitait à Saint-Louis des Français, à trois minutes de la Minerve ! Et il n'avait jamais entendu parler des Frères Prêcheurs, ni aperçu un froc de dominicain ! Et c'est ce jour-là, au mois d'août 1837, que Guérangerlui faisait la première ouverture sur le rétablissement en France de l'Ordre de saint Dominique, qui du reste fut de prime saut à moitié résolu : Lacordaire V « interrompit « pour déclarer qu'il serait volontiers, lui, « l'homme de cette œuvre-là »! Un mois après, les deux amis repartaient ensemble pour la France (25 septembre 1837,1. « Il ne fut plus parlé des Frères Prêcheurs, jusqu'à l'été suivant » que Lacordaire vint à Solesmes reprendre la conversation et conclure sous la direction du Père Abbé. Il n'est peut-être pas hors de propos de remarquer que Dom Guéranger avait alors 33 ans.
J'ai dit que l'un et l'autre récits sont postérieurs aux faits de plus de vingt ans et ont été rédigés de mémoire. A cette distance on est exposé à ne voir que les grandes lignes ; les détails échappent, la chronologie se brouille, des confusions se produisent. Etienne Cartier, tertiaire dominicain et ami de Lacordaire, dont on invoque le témoignage à l'appui de la thèse bénédictine, devait lui aussi subir ces erreurs de perspective. 11 écrivait postérieurement à la publication de la Vie du P. Lacordaire par Foisset. « Ce fut en 1837, dit-il, que l'abbé de Solesmes déposa dans le cœur de son ami le premier germe de sa vocation religieuse... La retraite faite par le P. Lacordaire à Saint-Eusèbe n'eut pour résultat qu'un projet vague que rendit encore plus incertain le succès des prédications de Metz et de Lyon. * » Notez que les prédications de Lyon eurent lieu en 1845; elles n'eurent guère d'intluence sur sa vocation; il était dominicain depuis six ans. Efiet de lointain. Ajoutez que Etienne Cartier, qui aifirme que « la retraite de Saint-Eusèbe n'eut d'autre résultat qu'un projet vague que rendit encore plus incertain le succès des prédications de Metz et de Lyon », en a appelé quelques lignes auparavant à l'autorité de Foisset, lequel écrit à propos de cette retraite : « C'est en ces jours d'un