‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 4 sur 382 · CHAPITRE PIlEMiEll · texte numérisé non relu

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et de ses folies dans cette robe et celte coiffure qui sont de nos jours ce qu'elles étaient au temps de saint Louis!

Tel n'est pas l'idéal de l'Ordre de saint Ignace. Appelé à travailler de toutes ses forces au salut des âmes, à se trouver par conséquent en contact presque perpétuel avec la société, il ne s'astreindra pas à des observances qui seraient pour son ministère une gêne et un obstacle. Pour tout ce qui paraît au dehors, il vivra donc comme le clergé du pays qu'il habite; il suivra comme lui la loi de l'évolution, et donc ne boudera pas au progrès, dans la mesure où le progrès sera compatible avec l'esprit religieux qui sera toujours l'esprit de simplicité.

C'est ce qui explique l'existence dans la Compagnie de Coutumiers très variables selon les pays et les époques. Pendant les premières années qui suivirent son rétablissement, il y eut par la force des choses bien des hésitations et des divergences entre les maisons françaises, dispersées aux extrémités du territoire et séparées par de si grandes distances. En l'absence d'un texte écrit, il n'était guère possible d'arriver à l'uniformité. En 1830, nous voyons que l'on s'occupe de codifier les usages et de dresser un Goutumier de la Province de France. Quatre Pères des plus anciens ont été chargés de ce travail. « Le Père Loriquet, avec son incroyable activité », écrit le Père Provincial, en rassemble les éléments; il est l'àme de la commission. Elle aboutit, après de nombreuses conférences et des examens minutieux, à une rédaction qui suivait de très près le Coutumier en usage dans la Province de Lyon un siècle auparavant.

Ce document est instructif en ce qu'il reflète les mœurs d'un temps déjà loin de nous et où l'on manquait de bien des choses que nous estimons indispensables. Pas de foyer dans les chambres des religieux (mais combien y avait-il de chambres à feu au château de Versailles?); on ne connaît que le chauffoir commun; la montre est presque un objet de luxe, dont l'usage n'est permis qu'à de rares privilégiés; le petit déjeuner est une tolérance, rien

de plus; on y sert du pain et du vin, un fruit pendant la saison ; la viande est distribuée avec parcimonie, etc. Mais le train de vie des « honnêtes gens » de la première moitié du dix-huitième siècle, leur standard of life^ comme disent les Anglais, paraissait déjà dur à nos grandspères de 1830. Par crainte du relâchement, les Jésuites français de la nouvelle génération avaient voulu suivre trop à la lettre la pratique de leurs devanciers. Le Coutumier mis à l'essai dut subir des retouches. On en fit à plusieurs reprises, et nous constatons, sans embarras d'ailleurs, qu'il s'y est introduit des adoucissements, où nos ancêtres auraient vu des délicatesses sinon des superfluités, mais que l'usage universel justifie et dont la privation serait aujourd'hui une souffrance.

C'est sur le terrain pédagogique surtout que s'imposait aux Jésuites français un travail d'adaptation. Le régime des grands internats était, nous l'avons dit, une nouveauté pour laquelle la tradition de la Compagnie ne fournissait que des indications très insuffisantes. Quanta l'enseignement, il est clair que le Ratio Studiorum, rédigé au seizième siècle, n'était pas en parfaite harmonie avec les exigences des temps nouveaux. La langue et la littérature nationale, l'Histoire, la Géographie, les Sciences réclamaientleur place à côté de l'étude trop exclusive de l'antiquité gréco-romaine. Il fallait changer les programmes et quelque peu aussi les méthodes. Au reste ce n'était pas la première fois que l'on introduisait des modifications dans le vénérable Code scolaire, qui fait partie intégrante de l'Institut de la Compagnie de Jésus. Là aussi il y a des éléments de nature et de valeur diverses, des principes immuables, des règles fixes quant à leur esprit, mais qui peuvent se prêter à des applications très variables. Déjà la Congrégation générale de 1820 avait prescrit la revision du Ratio Stadiorum. Le généralat du Père Fortis s'acheva sans qu'on eût mis la main à l'œuvre. Entre temps le Père Rozaven gourmandait les Pères français pour leurs

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