‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 5 sur 382 · CHAPITRE PREMIER y · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER y

innovations; il s'évertuait à les rappeler à l'observation plus stricte des usages d'autrefois. Mais le mouvement était irrésistible ; toutes les Provinces demandaient que le vieux Ratio fût accommodé aux nécessités des temps. La Congrégation générale de 1829 reprit le vœu de sa devancière et donna mandat au nouveau Général de procédera la re vision le plus tôt possible.

Quelques mois plus tard en effet, une lettre du Père Roothaan à tous les Provinciaux de la Compagnie annonçait que, en exécution du Décret XV de la Congrégation générale, une Commission allait être réunie à Rome au commencement de septembre. 11 ne s'agissait nullement, disait-il, de confectionner un Ratio Studiorum nouveau; l'ancien était confirmé comme toutes les autres parties de l'Institut; on aviserait seulement à en adapter les prescriptions aux besoins des temps. Et ce n'était qu'avec la plus extrême réserve que l'on se permettrait de modifier une œuvre « élaborée avec tant de prudence, éprouvée par une pratique deux fois séculaire et à laquelle les ennemis mêmes de la Compagnie n'avaient pas marchandé les éloges ». La Commission chargée de préparer cette mise au point serait composée d'un député de chaque Province^. Ces députés devraient lire attentivement le Ratio Studiorum tout entier, en notant par écrit les changements, additions ou suppressions, qu'ils estimeraient désirables. On leur recommanda de prendre note également de ce qu'ils auraient remarqué d'utile dans les écoles autres que celles de la Compagnie.

Nous voyons par une circulaire du Père Varin, viceprovincial en l'absence du Père Druilhet, que tous les Jésuites français furent invités à faire la môme étude et à fournir leurs observations. Le député de la Province de France fut le Père Loriquet. La Commission commença ses travaux à l'époque fixée ; elle les poursuivit pendant

I. Les Provinces alors existantes étaient au nombre de sept : Italie, Sicile, Angleterre, Espagne, France, Germanie, Galicie.

une année presque entière. Toutes les règles du Ratio furent examinées une à une; toutes les modifications proposées furent l'objet d'études scrupuleuses et parfois de discussions serrées, dont le Rapport a conservé la trace. Ce Rapport, très sobrement rédigé, indique les conclusions auxquelles les commissaires se sont arrêtés, avec les raisons qui les appuient. Ces conclusions sont au nombre de cent quatre-vingt-dix. Chacune représente une retouche à faire au vénérable Ratio Studiorum de 1599. Quelquefois c'est une simple variante dans le texte, qui n'en altère pas le sens; par exemple, le professeur de Cas de conscience sera appelé désormais professeur de Théologie morale^ parce que, par suite d'accusations injustes, les mots de cas de conscience et de casuiste ont pris un sens désobligeant: loculiones invidiosae. En certains cas au contraire le changement est très appréciable'.

Après avoir énuméré dans son préambule les innovations les plus importantes proposées par la Commission, le Rapport ajoute comme une amende honorable de ses membres pour leur hardiesse à porter la main sur le monument légué parles anciens : « Au surplus nos méditations quotidiennes àa Ratio Studiorum nous ont fait reconnaître qu'il s'y trouve une multitude d'industries qui, bien connues et appliquées avec soin et persévérance, produiraient de merveilleux progrès dans les études de nos collèges. L'enchaînement de ces régies est si parfait, elles sont conçues avec tant d'art et de sagesse que les insuccès de notre enseignement actuel doivent être attribués, non pas à une discipline vieillotte, mais bien au contraire à l'ignorance ou à la négligence des préceptes excellents qu'elle renferme. »

La question mûrement examinée et discutée avec les Assistants, le Père Roothaan adressa à « tous les Provinciaux, Recteurs de collèges, Préfets des études et professeurs » de la Compagnie de Jésus le Ratio Studiorum

I. Cf. Monumenta Gcvmaniae Paedagogica XVI. Observationes quibus innititur accoininodatio Jiationis Studiorum. P. 470-5o6. Berlin, i8y^.

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